"Mieux manger, ce n'est pas si difficile"

Par Matthieu DURAND, le 13 janvier 2003 à 07h00 , mis à jour le 13 janvier 2003 à 09h55

Dans le cadre des Rendez-Vous Santé de l'Inserm, le nutritionniste Serge Hercberg rappelle qu'il est possible d'améliorer son alimentation sans trop d'efforts. Au menu : fruits, légumes, produits laitiers et un peu d'activité physique.

guide alimentaire pour tous la santé vient en mangeant nutrition nourriture © INTERNE

tf1.fr : Quel est l'impact de l'alimentation sur la santé ?

Serge Hercberg (1) : Pendant longtemps, on a compris la relation entre nutrition et santé en termes de carences liées à la consommation faible ou nulle de certains aliments, comme le poisson, la viande ou les fruits. Aujourd'hui, si l'on ne voit plus ces grandes carences dans les pays occidentaux, on sait que les inadaptations alimentaires sont facteurs de risques de maladies.

tf1.fr : De quelles inadaptations s'agit-il ?

S. H. : Premier constat, on ne mange pas réellement trop. En fait, on mange de moins en moins mais on mange trop par rapport à nos dépenses physiques. Deuxième constat : on mange trop gras, trop sucré et trop salé et pas assez de fruits et légumes, de fibres et de produits laitiers. Tout cela contribue à augmenter les risques de cancers, de maladies cardiovasculaires, d'obésité, d'ostéoporose (qui entraîne la fragilité des os, NDLR), de diabète… Des épidémiologistes britanniques ont montré que la contribution du facteur nutritionnel est majeure pour 30 à 60% des cancers. Même si une alimentation saine ne fait pas disparaître le cancer, elle en limite les risques.

tf1.fr : Y a-t-il un "paradoxe français" ?

S. H. : Il y a vingt ans des chercheurs anglo-saxons ont eu l'impression que la mortalité cardiovasculaire était moins élevée en France que dans les pays voisins alors que la consommation de graisses et le taux de cholestérol sont plus élevés chez nous. Depuis, de nouvelles études ont montré qu'il n'y avait pas de "French paradox" mais plutôt un gradiant Nord/Sud. Plus on va vers le Sud de l'Europe et plus les habitudes alimentaires sont favorables à la santé.

tf1.fr : Certains aliments pâtissent des affaires de vache folle, d'OGM ou de pesticides…

S. H. : Ce sont plus les comportements que les produits qui font du mal. Il y a plus de cas de cancers chez les personnes qui ne mangent pas de fruits et légumes que de cas de cancers provoqués par les pesticides. Cela n'empêche pas de rester vigilant sur le choix et la qualité des aliments.

tf1.fr : Quels conseils donneriez-vous pour "manger mieux" ?

S. H. : Les consommateurs savent ce qu'il faut faire mais ils ont souvent l'impression que ce n'est pas possible de le mettre en pratique dans la vie quotidienne. Ce à quoi les nutritionnistes répondent : "ce n'est pas si difficile que cela". Il faut donc faire de l'activité physique : cela ne veut pas forcément dire faire du sport mais privilégier la marche plutôt que prendre l'ascenseur, par exemple. Chaque jour, il faut manger 5 fruits et légumes, qu'ils soient frais, en conserves ou surgelés, et trois produits laitiers. Le tout sans se priver et en préservant la convivialité des repas.

(1) Serge Hercberg est chercheur à l'Inserm, spécialisé en nutrition. Il anime lundi une conférence-débat sur ce thème à Barcelone dans le cadre des Rendez-Vous Santé de l'Inserm (voir article lié).

photo d'ouverture : détail de la couverture d'un guide alimentaire diffusé en septembre 2002 (voir article lié)

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Par Matthieu DURAND le 13 janvier 2003 à 07:00
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