Une puce contre les microbes mutants de l'espace

Par Matthieu DURAND, le 03 février 2003 à 07h00 , mis à jour le 31 janvier 2003 à 16h48

Dans l'espace, les bactéries peuvent se transformer et devenir un danger potentiel pour les astronautes. Pour identifier cette menace, des chercheurs américains élaborent une puce qui agira comme une "bibliothèque" génétique de référence.

mark shuttleworth astronaute afronaute afrique sud ISS touriste espace DR: AFP © INTERNE

Dans le film Intrusion (1999), l'astronaute Spencer Armacost, interprété par Johnny Depp, revenait sur Terre "transformé" après avoir été contaminé par un microbe spatial. De la science-fiction ? Presque. C'est pour identifier des bactéries potentiellement dangereuses après un séjour dans l'espace que la Nasa s'intéresse à une "puce à gènes" (gene chip), révèle le magazine scientifique New Scientist.

"Niches de prolifération"

En l'occurrence, ce ne sont pas tant des micro-organismes extra-terrestres qui inquiètent l'agence américaine que les bactéries inoffensives amenées à bord des navettes par l'équipage et qui pourraient subir de dangereuses mutations dans l'espace. Au point de menacer la santé des astronautes.

Car si l'on connaît le comportement de tel ou tel microbe sur Terre, on sait mal comment il pourrait réagir dans des conditions proches de la gravité zéro et dans un environnement de radiation accrue. D'autant que ces micro-organismes pourraient trouver des "niches de prolifération" dans les déchets recyclés (eau, air) et à la faveur des expériences menées dans l'espace. Une équipe de l'université texane de Houston a ainsi montré que la microgravité provoque des changements génétiques dans la bactérie E. Coli.

Applications terrestres

Si les microbes peuvent être identifiées via leurs séquences d'ADN, cela devient très difficile de constituer un répertoire d'ADN pour chaque bactérie qui pourrait se transformer après un séjour dans l'espace. Les scientifiques texans se sont donc intéressés à une autre empreinte propre à chaque groupe de bactéries : l'ARN Ribosomal (1). Une puce, qui incorporera 4.000 références d'ARN, est en cours d'élaboration : elle servira de "bibliothèque génétique" à partir de laquelle les astronautes pourront comparer la signature génétique des éventuelles bactéries mutantes. Un comparatif qui ne délivrera pas une information fine mais qui pourra leur indiquer "grossièrement" à quel danger ils sont confrontés et comment s'en protéger (médicaments…).

Les applications terrestres ne manquent pas, que ce soit pour identifier la bactérie impliquée dans une maladie infectieuse, ou dans la lutte contre le bioterrorisme, pour indiquer la nature d'une poudre suspecte découverte dans un courrier, par exemple.

(1) L'ARN (acide RiboNucléique) est une molécule présente dans les cellules de tous les êtres vivants. Il joue un rôle essentiel dans la synthèse des protéines. L'ARN ribosomal entre dans la constitution des ribosomes, les "usines à protéines" des cellules.

photo d'ouverture : l'astronaute sud-africain Mark Shuttleworth (AFP)

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Par Matthieu DURAND le 03 février 2003 à 07:00
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