Traquer les terroristes... à l'odeur !

Par Matthieu DURAND, le 10 janvier 2003 à 07h00 , mis à jour le 09 janvier 2003 à 19h09

Cela sent le canular et pourtant... Une agence de défense américaine a lancé un appel d'offres pour créer une machine capable de reconnaître les individus à leur odeur.

prisonnier prison sueur aisselle DR: AFP © INTERNE

Dans leur chasse aux terroristes et aux criminels, les autorités américaines veulent faire appel au flair de leurs forces de sécurité… au sens propre (si l'on ose dire) du terme. La Darpa, agence américaine spécialisée dans les projets de recherche avancée en matière de défense, a lancé un appel d'offres sur ce thème. Objectif : savoir si "des odeurs génétiquement déterminées" peuvent permettre d'identifier des individus et, auquel cas, s'il est possible de développer une technologie capable de reconnaître des individus à leur odeur.

Des souris et des hommes

Un projet tout à fait sérieux lancé par cette agence habituée des travaux les plus farfelus mais dont certains débouchent sur des applications concrètes. La Darpa a ainsi participé à la mise en place du précurseur d'Internet, rappelle le New York Times (NYT). A Monell, centre de recherche dédié aux sens, le Dr. Kunio Yamazaki a montré que les souris utilisent leur odorat pour reconnaître, à partir des odeurs corporelles et d'urine, leurs congénères dotées d'un système immunitaire différent du leur. Une bonne façon d'éviter les liens de consanguinité, précise le quotidien américain qui évoque également le phénoménal odorat des chiens.

L'appendice nasal humain permet-il, quant à lui, de telles prouesses ? Possible. Carole Ober, généticienne à l'université de Chicago, a mené l'an dernière une expérience sur un groupe religieux appelés les Hutterites, explique le NYT. Elle a demandé à des femmes de cette religion de sentir différentes boîtes dont elles ne pouvaient pas voir le contenu mais particulièrement odorantes. Et pour cause, chacune contenait des T-shirts portés pendant deux jours par un homme Hutterite auquel la scientifique avait demandé d'éviter les "odeurs susceptibles de distraire ses congénères", à savoir les odeurs de nourritures épicées, de déodorant et de sexe. Résultat : chaque femme a choisi les boîtes d'hommes dont le système immunitaire correspondait à celui de son père.

Fragrants délits

Encore faut-il comprendre le mécanisme de l'odorat et ce n'est pas une mince affaire. Selon une théorie présentée par le NYT, chez un individu, les protéines du système immunitaire influence les nombreuses bactéries présentes à la surface de la peau. Lesquelles émettent, par réaction chimique et physicochimique, l'odeur spécifique de l'individu. Reste à inventer le "renifleur d'individus", la "machine à détecter les fragants délits". Les postulants devront travailler le nez dans le guidon puisqu'ils auront un peu moins de cinq ans pour effectuer leurs recherches. Date limite d'inscription auprès de la Darpa : le 29 janvier, avant 16h.

photo d'ouverture : AFP

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Par Matthieu DURAND le 10 janvier 2003 à 07:00
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