Une armée d'insectes pour protéger les tomates

Par Matthieu DURAND, le 27 février 2003 à 07h00 , mis à jour le 30 août 2004 à 16h35

Certains maraîchers français utilisent des insectes pour protéger leurs fruits et légumes contre l'attaque de nuisibles. Une société bretonne a ainsi créé le premier élevage de "micro-prédateurs".

Macrolophus Nymphe punaise Emmanuelle APPERE / GIE LA CROIX © INTERNE

Pour lutter contre les insectes nuisibles à la santé des plantes, il existe une alternative aux produits chimiques : la protection biologique intégrée (PBI). Mis au point dans les années soixante, ce procédé 100% naturel consiste à introduire des insectes prédateurs sur les plants menacés.

Prédateur et parasitoïde


Aleurode adulte ou mouche blanche
(photo : E. Appère/GIE La Croix) 
Créé en 1975 par Saveol, coopérative de sociétés maraîchères bretonnes, le groupement d'intérêt économique (GIE) La Croix est la première et seule entreprise en France à élever des petites bêtes pour en détruire d'autres en serres. La PBI s'applique essentiellement aux tomates, mais aussi aux poivrons, concombres et fleurs.

"Nous avons pour principe d'utiliser au minimum deux 'auxiliaires' pour s'attaquer aux insectes ravageurs", explique à tf1.fr Stéphan Le Cun, responsable de la PBI au GIE Lacroix. L'insecte nuisible sera soit mangé par un prédateur, soit tué par un parasitoïde, qui va pondre des œufs dans sa victime. Laquelle finira dévorée par les larves. Une "double réponse" car, pendant la saison des cultures en serres (décembre à octobre), l'efficacité de chaque auxiliaire dépend des températures.

Pas de quartier pour l'aleurode

Prenons le cas des tomates : une petite mouche blanche, l'aleurode, aime à y pondre ses œufs. A la naissance, les larves se nourrissent de la sève des fruits et rejettent du miellat (un mélange de sucre et d'eau) sur lequel se développe un champignon noir. Ce dernier empêche la photosynthèse du plant et tâche les fruits, qui deviennent alors invendables. Or, une aleurode peut pondre jusqu'à 200 œufs. Problème : l'aleurode s'adapte aux pesticides.


Encarsia adulte ou guêpe parasitoïde
(photo : E. Appère/GIE La Croix)
Le GIE recourt donc aux services d'une micro-guêpe (l'encarsia) qui va pondre ses œufs à l'intérieur des larves d'aleurode. Les bébés mouches vont servir de pouponnière et de garde-manger aux bébés guêpes. Et ainsi, chaque larve de mouche "donnera naissance" à un tueur de mouche. Pas folle, la guêpe ! Autre "auxiliaire" utilisé : le macrolophus nymphe, une petite punaise qui apprécie la mouche blanche à tous les stades de sa vie. Elle croque avec autant de bonheur les pucerons et autres ravageurs.

100 millions de micro-guêpes

Pour venir à bout des aleurodes, il faut 35 encarsia et un macrolophus au mètre carré. Le GIE élève ainsi 100 millions d'encarsia par an. Un élevage unique en France, la plupart des maraîchers français s'approvisionnant en "insectes tueurs" dans les pays voisins. "Pour lutter contre l'aleurode, le coût de la PBI est sensiblement le même que celui de pesticides", indique Stéphane Le Cun. Et quand un maraîcher adopte la PBI, il ne peut plus utiliser de produits chimiques, qui seraient susceptibles d'éradiquer "nuisibles" et "protecteurs". A quand un label "Bio-insecte" ?

photo d'ouverture : macrolophus nymphe, la punaise prédatrice de mouches blanches (Emmanuelle Appère/GIE La Croix)

 

Par Matthieu DURAND le 27 février 2003 à 07:00
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