© INTERNECent quatre vingt deux ans après son décès, Napoléon continue de provoquer des batailles épiques. Certes, la plume a remplacé l'épée mais, comme tout ce qui touche au "petit caporal", les débats sont passionnés, voire violents.
Les faits d'abord : Napoléon meurt le 5 mai 1821 à Sainte-Hélène, une île perdue dans l'océan Atlantique où il est exilé depuis 1815. Son corps y est enterré jusqu'au 15 octobre 1840, lorsqu'une délégation française procède à son exhumation, en présence d'officiels britanniques, pour le rapatrier en France. Il est alors placé dans un tombeau au cœur des Invalides, à Paris.
Arsenic dans les cheveux
Première bataille : la cause du décès de l'empereur. Une affection de la zone hépato-gastrique (probablement cancer de l'estomac), défend une armée d'historiens. Mais elle subit les assauts d'un bataillon de francs-tireurs — scientifiques et passionnés — qui soutiennent que Bonaparte a été empoisonné. La preuve : des traces importantes d'arsenic ont été retrouvées dans l'impériale chevelure. Après des analyses qu'elle a fait réaliser, la revue Science & Vie conclue en novembre 2002 que la présence du poison serait due, non pas à un acte malveillant mais, selon "l'hypothèse la plus plausible", à l'utilisation de produits à base d'arsenic pour conserver les reliques capillaires de Napoléon.
"Méthode historique"
La deuxième charge contre la "Garde des historiens" est menée par Bruno Roy-Henry. Reprenant une thèse développée en 1969, celui qui se décrit comme un "historien amateur" affirme à tf1.fr que "Napoléon n'est pas aux Invalides". Dans un livre remis à jour (1) et sur un site internet, il avance des "preuves" : le cadavre exhumé en 1840 paraît presque intact alors qu'il était en voie de décomposition lors de son enterrement en 1821, des décorations ont changé d'emplacement… Bref, c'est un faux Napoléon que la délégation française reconnaît pourtant comme vrai. Pourquoi ? "La raison d'Etat", lâche Bruno Roy-Henry, qui reconnaît : "Je sais qu'il y a eu crime mais je ne connais pas le mobile". D'où la demande d'analyse ADN qu'il a adressée au Ministère de la Défense en juillet 2002. Le "refus non motivé" qu'on lui oppose finit de prouver, selon lui, qu'il s'agit d'une "affaire d'Etat".
Contacté par tf1.fr, Thierry Lentz (2) réfute point par point les arguments développés par ceux qu'il appelle "les empoisonnistes" et "les substitutionnistes" sur le site internet de la Fondation Napoléon, dont il est le directeur. Rappelant les uns comme les autres au respect de "la méthode historique", il dénonce la partialité de leurs ressources et l'absence de "traçabilité de leurs recherches". "Echafauder une théorie bancale n'est pas suffisante pour faire ouvrir un tombeau", insiste-t-il. Et de souhaiter, à la veille du bicentenaire du sacre de Napoléon (2004), la "normalisation des études napoléoniennes, sans ricanements, ni accusations".
(1) Bruno Roy-Henry : Napoléon, l'énigme de l'exhumé de Sainte-Hélène, éd. L'Archipel, 357 pages.
(2) Thierry Lentz : Nouvelle histoire du premier Empire (t.1), Fayard, 607 pages.
photo d'ouverture tirée du film Monsieur N. d'Antoine de Caunes (DR)
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