© INTERNEtf1.fr : Depuis l'explosion de Columbia, on découvre que des experts avaient exprimé leurs inquiétudes sur la sécurité des vols à bord de la navette spatiale. Qu'en pensez-vous ?
Michel Tognini : Il est facile de critiquer la Nasa alors que l'agence s'est bien comportée depuis les débuts de la conquête spatiale, réalisant un grand nombre d'innovations. Moi aussi, je peux écrire une lettre en annonçant que dans dix ans, un Airbus va s'écraser (référence à la lettre de Don A. Nelson adressée l'été dernier au président Bush, voir article lié, NDLR). Je trouve toutes ces critiques indécentes, irresponsables et irrespectueuses pour les astronautes qui sont morts et pour leurs familles.
tf1.fr : Certains experts accusent la Nasa d'avoir sacrifié la sécurité de ses astronautes pour des raisons budgétaires.
M. T. : La Nasa a connu une légère baisse de budget, c'est vrai, mais qui correspond à la diminution du nombre de vols, qui est passé de 7 à 4 par an. Et cette diminution de budget n'a pas d'impact sur la sécurité. La navette a connu deux accidents mortels sur 100 vols, soit plus que le taux estimé d'un accident pour 325 vols. C'est malheureux mais ce sont des vols à risques. Et chaque vol donne lieu à une liste de points à modifier, soit au niveau de la navette, soit au niveau des procédures, soit au niveau des personnes au commandement, afin d'augmenter la sécurité du vol suivant.
tf1.fr : La navette est-elle un engin dépassé ?
M. T. : C'est une machine compliquée, et qui dit sophistiquée dit fragile. Mais elle est aussi très pratique : il faut la comparer à un camion avec une immense remorque et un bras robotique. Elle est idéale pour monter la Station spatiale internationale (ISS), pour lancer et récupérer des satellites… Soyouz est plus sûr que la navette mais ses moyens sont limités.
tf1.fr : Le principe même des vols humains a été remis en cause. Le spationaute Patrick Baudry a déclaré que la conquête de Mars devait devenir une priorité…
M. T. : Je ne connais pas de robot qui peut faire autant de choses qu'un homme. Si on envoyait un robot sur Mars, il faudrait 20 minutes entre le moment où une commande est envoyée de la Terre et le moment où le robot agit. Quant à Baudry, il a quitté le milieu spatial depuis longtemps. Il dit : "il faut aller sur Mars", on est tous d'accord mais quand on sera prêt. Un voyage vers Mars prendrait six mois à un an. Les astronautes seraient exposés à des niveaux de radiation très importants pendant longtemps, qui seraient insurmontables au niveau physique. On étudie également des systèmes de support de vie : comment transformer l'humidité en eau, l'eau en oxygène. C'est un travail très long et il faut être patient. On travaille pour les 10 ou 15 prochaines années.
tf1.fr : La conquête spatiale ne va donc pas subir de coup d'arrêt ?
M. T. : Non. La Nasa pense que le destin de l'homme, c'est d'explorer. L'espace représente un enjeu stratégique pour ceux qui y ont accès. Et ce qu'on fait est toujours observé avec un œil du militaire.
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