© INTERNEQuoi de plus respectables que ces associations entièrement dévouées à l'éradication des maladies, de la misère ou de la pollution ? Quoi de plus nobles que ces bénévoles qui dépensent leur temps sans compter au nom d'une juste cause ? Et pourtant, quand deux organisations non gouvernementales (ONG) sont contraintes de partager le même immeuble dans une ville de province, que de bassesses, que de turpitudes, que d'horreurs sont commises ! Cette "guerre humanitaire" est au cœur d'O.N.G!, un roman rédigé à l'acide sulfurique par Iegor Gran (1).
Vietnam humanitaire en Province
"L'affaire" est racontée par Julien, un jeune homme qui ne supporte plus la "puanteur" du "nirvana familial préfabriqué" offert par son "paternel ingénieur (…), collectionneur de cartes postales de Clamart" et sa "maternelle au foyer", adepte du clafoutis. Le rebelle en chambre adresse une lettre de motivation à "la Foulée verte", une association écologiste qui n'hésite pas à faire le coup de poing contre les pollueurs du globe. Certes, Julien est bègue et si "les déficients travaillent mal", note Ulis, le responsable de l'assoc', "on peut le faire passer en quota handicapé (…) Qu'une antenne régionale comme la nôtre se préoccupe autant du sort des anormaux, ça en bouchera plus d'un, là-haut".
Et voici Julien, boursouflé de fierté, qui se découvre une nouvelle famille. Laquelle vit mal une activité au ralenti. "Ce qu'il nous faudrait pour nous réveiller c'est qu'un millier de baleines viennent mourir sur nos côtes ! Qu'une fuite radioactive contamine l'eau de la ville ! Une grande catastrophe écologique !", se prend à rêver Ulis, un ancien de la campagne Exxon-Valdez. L'arrivée de l'association "Enfance et vaccin", deux étages au-dessus, comble ses vœux.
Pingouins menacés contre petits lépreux
Le premier sang est versé quand "la grande affiche au pingouin", placardée dans l'ascenseur de l'immeuble, est partiellement décollée pour faire de la place à une vue de bidonvilles "où jouent des mômes lépreux". Indignation des écolos qui demandent des explications aux "Q'sins", comme ils surnomment les nouveaux locataires. Les discussions dégénèrent. Les insultes fusent, bientôt les coups bas pleuvent. S'ensuit une bataille sanglante au dénouement cataclysmique. Un Vietnam humanitaire, en quelque sorte.
Dès les premières pages de ce court roman, le lecteur comprend qu'il tient entre les mains un brûlot politiquement incorrect, aussi féroce que drôle. Au pays des bons sentiments, Iegor Gran serait un tueur en série particulièrement sadique. Et ô combien prolifique. Avec un style enlevé qui laisse un sourire béat aux témoins de son carnage. Jouissif.
(1) Iegor Gran: O.N.G!, éditions P.O.L., 172 pages, 16€.
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