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Les marabouts à l'écoute de la détresse urbaine

Edité par avec
le 12 février 2003 à 18h41 , mis à jour le 13 février 2003 à 07h00.
Temps de lecture
4min
marabouts cartes afrique paris voyance DR: spirales.net

Crédits : INTERNE

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SciencesAu delà du folklore, les marabouts africains se sont intégrés sans heurts à la société française. Une chercheuse du CNRS a enquêté sur leurs pratiques et leur rôle de médiateur au sein de la cité.

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"Résout tous vos problèmes : affection retrouvée, travail, chance, protection contre les dangers". A Paris comme dans les grandes villes de France, ces petites cartes vantant les mérites de tel "grand professeur de retour d'Afrique" suscitent souvent les sourires, quand elles ne font pas naître des vocations de collectionneur (voir encadré). Au delà de ce folklore plutôt sympathique, Liliane Kuczynski, ethnologue au CNRS, a enquêté sur les marabouts africains à Paris (1).

"Eventail de savoirs"

Qui sont ces marabouts ? Des voyants ? des guérisseurs ? des religieux ? "Ils sont tout cela à la fois", explique Liliane Kuczynski à tf1.fr. "Ce sont d'abord des figures de l'islam Ouest africain. De leur connaissance des lettres coraniques, découlent toutes sortes de fonctions : l'enseignement de l'islam, la célébration de mariages et de baptêmes et, à travers la manipulation de ces lettres et de leurs correspondances chiffrées, le pouvoir d'appeler les êtres puissants de l'univers et ainsi la possibilité d'agir sur la nature et les êtres".

Un "éventail de savoirs" dont certains sont mis davantage en avant selon le contexte ou la période. Ainsi, à Paris, les marabouts mettent en avant leurs pouvoirs divinatoires, conscients du fort attrait pour la voyance en France. Un attrait qui, combiné aux opportunités économiques et à une relative bienveillance des autorités françaises, a créé un formidable appel d'air. On estime ainsi que 400 ou 500 marabouts officiaient dans l'hexagone, à la fin des années 80. Un nombre en net reflux depuis.

"Ecouteurs publics"

Difficile de dresser le "portrait type" du marabout. Selon l'ethnologue, le clochard côtoie le riche commerçant, le marabout occasionnel coexiste avec le marabout "installé", le sage reconnu fraie avec le charlatan. Reste que les marabouts, souvent originaires du Sénégal ou de Guinée, se sont concentrés dans les quartiers populaires du Nord et de l'Est parisien. Mais ils n'hésitent pas à se rendre en Province ou à l'étranger pour répondre à une demande ou pour assouvir leur soif de connaissances.

Ce qui explique l'extrême diversité de leur clientèle : Antillais, Maghrébins, Français de métropole, Africains. Lesquels ont d'ailleurs tendance à mépriser ces marabouts qui osent faire de la publicité — une spécificité parisienne. "Cela ne les empêche pas d'aller consulter", relève toutefois la chercheuse. A chaque client, ses problèmes : affaires de cœur pour les métropolitains, désir de retour au pays et de promotion sociale pour les Antillais, conditions de séjour et de travail pour les immigrés. "Mais il ne faut pas systématiser", prévient Liliane Kuczynski. De son étude fouillée et passionnante, il ressort que l'islam maraboutique s'est parfaitement fondu dans l'environnement urbain français. Plus étonnant, certains marabouts ont su combler un manque dans la société française : celui de médiateurs ou "d'écouteurs publics" auprès de personnes en détresse. Une efficacité symbolique qui, selon Liliane Kuczynski, "témoigne du délitement des liens sociaux dans notre pays".

(1) Liliane Kuczynski : Les marabouts africains à Paris, CNRS Editions, 439 pages, 27€.

photo d'ouverture : détail du site spirales.net (DR)

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