"Merci de garder l'espace propre"

Par Matthieu DURAND, le 25 février 2003 à 07h00 , mis à jour le 25 février 2003 à 10h43

Onze agences spatiales soumettent à l'ONU un texte pour limiter la création de débris dans l'espace. Application prévue d'ici à deux ans. Mais il sera difficile de faire "payer" les pollueurs.

débris spatiaux étage Ariane collision satellite français Cerise 1986 CNES... © INTERNE

Rien ne semble échapper à la pollution humaine, pas même l'espace (voir article lié). C'est pourquoi les 11 principales agences spatiales — dont le CNES, l'ESA et la NASA — réunies au sein d'un comité (IADC) ont élaboré un "recueil de principes" pour limiter la production de débris dans le cosmos. Le texte est actuellement présenté à l'ONU pour une application internationale d'ici à 2005.

Limiter pollution et explosions

Le projet de réglementation repose sur trois grandes règles. Premier point : ne pas polluer volontairement et donc limiter les rejets d'objets. Cela implique notamment d'utiliser des matériaux qui ne génèrent pas trop de débris, comme des peintures qui ne s'écaillent pas.

Deuxièmement, éviter les explosions en "passivant" les satellites ou les étages supérieurs des lanceurs, c'est-à-dire en vidangeant les réservoirs ou en court-circuitant les batteries pour leur éviter d'exploser sous l'effet des rayons solaires, par exemple. A ce jour, 154 "ruptures" (explosions) se sont produites dans l'espace parce que les ergols (carburants et comburants) n'avaient pas été vidangés, a précisé à tf1.fr Christophe Bonnal, responsable des projets futurs au CNES.

Pollueurs impunis

Il s'agit enfin de limiter à 25 ans la durée de vie des objets dans deux grandes zones économiquement importantes et très polluées, à savoir l'orbite basse (jusqu'à 2.000 km d'altitude) et l'orbite géostationnaire (à 35.800 km d'altitude). Par exemple, le satellite Spot, positionné à 800 km d'altitude, a une durée de vie de 200 ans. L'idée consiste donc à détruire ces objets à la fin de leur service, soit en les faisant retomber dans l'atmosphère, soit en les transférant vers une orbite "cimetière". A l'heure actuelle, la moitié des satellites géostationnaires respecte cette règle des 25 ans car cela permet aux opérateurs de "faire de la place" pour leurs nouveaux satellites.

Mais de telles mesures génèrent forcément des coûts financiers et techniques. La passivation d'un lanceur d'Ariane coûte environ 500.000 euros et celle d'un satellite géostationnaire réduit de deux à trois mois sa durée de vie. Les agences spatiales et les opérateurs seront de bonne volonté tant que cette démarche ira dans le sens de leurs intérêts mais lorsque les mesures gonfleront les budgets, la démarche "espace propre" risque d'en pâtir. Et même si une réglementation internationale est appliquée, "on ne pourra pas punir les pollueurs", reconnaît Christophe Bonnal. D'autant qu'il sera très difficile de déterminer l'origine des débris.

         Pas de panique

Il existe 9.000 gros débris identifiés de 10 cm de diamètre et plus, 150.000 objets de 1 cm et plus et 35 millions de débris mesurant 1 mm ou plus. Le problème concerne les objets de 2 à 10 cm car ils sont trop gros pour résister aux blindages et trop petits pour être observés. Reste que la Station spatiale internationale risque d'être percutée par un débris de 1 cm tous les 75 ans — tous les trois siècles pour un "impact critique", relève Christophe Bonnal. Et d'ajouter que la somme de tous les débris dans l'espace atteint 2.000 tonnes, contre 7.000 t pour la tour Eiffel. Chaque jour, 300 kilos de débris rentrent dans l'atmosphère (contre 3 tonnes de météorites) et 30 kg atteignent la Terre. "Mais en 45 ans, aucun mort, ni aucun blessé n'ont été à déplorer", rassure le spécialiste du CNES.

photo d'ouverture : un débris d'Ariane percutant le satellite français Cerise, en 1986 - vue d'artiste (CNES/D. Ducros)

 

Par Matthieu DURAND le 25 février 2003 à 07:00
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