© INTERNETrésorier adjoint de l'Union nationale pour la prévention du suicide (UNPS, qui regroupe 24 associations) et directeur honoraire à la RATP, Daniel Sutton détaille à tf1.fr le dispositif anti-suicide dans le métro et le RER parisiens.
tf1.fr : Un suicide tous les quatre jours dans le métro parisien en 2002, le chiffre est impressionnant…
Daniel Sutton : Il y a 2 à 3 tentatives de suicide par semaine. Néanmoins, ce chiffre reste relativement stable malgré l'augmentation du trafic. Les lignes à plus fort trafic sont celles où l'on dénombre le plus grand nombre de suicides : dans l'ordre, la ligne A du RER, la ligne 7, la ligne 4.
tf1.fr : Sait-on pourquoi ces personnes ont choisi le métro pour se donner la mort ?
D. S. : C'est sûrement symbolique mais il n'existe pas de données scientifiques. Nous nous sommes appuyés sur les cas ayant fait l'objet de rapports de la part de la RATP, et parfois de la police. Dans ces rapports, sont répertoriées les circonstances matérielles de la mort mais pas les informations sur le mobile du suicide.
tf1.fr : Quel est l'impact de ces suicides sur le trafic et le fonctionnement de la RATP ?
D. S. : Premiers concernés, les voyageurs : lorsqu'il y a un blessé ou une personne coincée sous une rame, l'immobilisation dure en moyenne une heure et le détournement des voyageurs leur fait perdre environ 20 minutes. Les agents de la RATP, qu'ils soient acteurs — dans le cas du conducteur de la rame — ou témoins du suicide, subissent par ailleurs un traumatisme qui peut entraîner des arrêts de travail pendant plusieurs jours. En moyenne, un conducteur assiste dans sa carrière à une tentative de suicide. La RATP a d'ailleurs mis en place une cellule chargée d'apporter une aide psychologique à ces agents.
tf1.fr : Quelles mesures de prévention la régie a-t-elle mis en place ?
D. S. : Au cours de notre enquête, nous avons découvert que souvent les voyageurs prêts à faire une tentative de suicide en parlent aux agents aux guichets. Dans le cadre de la formation professionnelle des agents, l'UNPS et la RATP conçoivent donc en commun un module pour les préparer à réagir à tout voyageur en situation de mal être. La mise en œuvre est prévue pour 2004. D'autres mesures sont prévues à plus long terme, notamment sécuriser les quais en installant des portes palières qui ne s'ouvrent que lorsque le train est à l'arrêt, comme c'est le cas sur la ligne 14. Sur les lignes 1 et 4, sur lesquelles roulent des rames sur pneus, il existe par ailleurs des fosses anti-suicide entre les rails mais je ne suis pas sûr qu'elles soient très efficaces.
Outre des campagnes d'affichages menées par certaines associations membres de l'UNPS, nous travaillons sur des dépliants que les agents de la RATP pourront remettre à des voyageurs en mal être et dans lesquels ces derniers trouveront toutes les ressources auxquelles ils pourront faire appel — associations, services publics… Donner un rôle de prévention aux agents, c'est une idée à creuser. Il faut aussi positiver le message, plutôt que de simplement dire : "ne vous suicidez pas".
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