Le mystère des astéroïdes en partie levé

Par Matthieu DURAND, le 06 février 2003 à 07h00 , mis à jour le 05 février 2003 à 19h13

Sous la direction d'un chercheur français, une équipe est parvenue à simuler des collisions entre astéroïdes. Premier enseignement : les astéroïdes sont remplis de vides. Une information décisive pour défendre la Terre contre cette menace céleste.

astéroïde météorite terre espace DR: DVD Impacts éditions montparnasse © INTERNE

La menace d'impact entre un astéroïde et la Terre est bien réelle, comme le rappelle l'actualité récente (voir articles liés). Aussi est-il capital de comprendre comment ces corps célestes se forment et comment ils réagissent lors d'une collision. Une avancée déterminante a été réalisée par des chercheurs français, suisse et américain. Leurs simulations numériques de collision ont ainsi permis d'établir la structure interne des astéroïdes.

Astéroïdes remplis de vides

"Pour la première fois, nous avons eu l'opportunité de comparer une simulation avec les résultats observables d'une collision à l'échelle d'un astéroïde", explique le "chef de projet", Patrick Michel, chercheur du CNRS, à l'Observatoire de la Côte d'Azur (Nice). En effet, une nouvelle famille d'astéroïdes, baptisée Karin, a été récemment identifiée. Elle aurait été produite par une collision il y a cinq millions d'années. Une collision "récente" dont les caractéristiques — la taille des fragments, leur vitesse d'éjection du corps initial…— n'ont pas été altérées au cours du temps.


Image d'une des simulations de
collisions entre astéroïdes, réalisée
par Patrick Michel. Elle montre la phase
de destruction d'un astéroide de 25 km
de diamètre suite à l'impact d'un
projectile. Les zones en rouge sont
les zones endommagées par l'impact
et les zones en bleu sont les fractures
initiales dans le corps (car celui-ci
n'était pas monolithique
mais initialement pré-fragmenté).

Les chercheurs ont pu reconstituer la taille du corps céleste initial, estimée à 25 kilomètres de diamètre. Disposant donc de l'objet initial et des fragments qui ont résulté de la collision, l'équipe a simulé par ordinateur celle-ci. "Mais on ne peut pas reproduire n'importe quoi. Si on réalise une simulation de collision avec un corps monolithique, on n'obtient pas les résultats observés dans l'espace", prévient le scientifique. "C'est en ce sens que l'on sait que l'objet initial était déjà un agrégat", c'est-à-dire un corps rempli de zones de fractures et/ou de vides.

Défense contre la menace céleste

Sous l'effet du choc, le gros objet céleste a ainsi "éclaté" en multiples petits fragments, dont certains ont pu "être éjectés sur des trajectoires croisant celle de la Terre", précise le CNRS dans un communiqué. Ces petits fragments ont interagi mutuellement et, à leur tour, formé des agrégats, donnant naissance aux astéroïdes de la famille Karin. Selon les chercheurs, ce phénomène est valable également pour d'autres familles d'astéroïdes, comme celles qui se trouvent dans la ceinture des astéroïdes, entre Mars et Jupiter.

La compréhension des collisions dans l'espace est capitale puisqu'elles jouent "un rôle majeur dans la formation et l'évolution des systèmes planétaires, y compris du système solaire", insiste Patrick Michel. Et, de manière plus pragmatique, la connaissance de la structure interne d'un astéroïde permet de déterminer l'énergie d'impact nécessaire pour faire dévier cet astéroïde. Une information clé pour se défendre contre la menace des objets célestes.

 

Par Matthieu DURAND le 06 février 2003 à 07:00
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