© INTERNEtf1.fr : Vous connaissiez plusieurs des membres de l’équipage de Columbia. A votre avis, pensaient-ils au risque d’accident avant de partir ?
Michel Tognini : Je connaissais effectivement le commandant de bord, Rick Husband, ainsi que Kalpana Chawla et Anderson. Je peux vous dire que le risque d’accident, on y pense toujours ! On sait bien que le risque n’est pas nul. Les dernières estimations que j’ai eues donnaient un taux d’accident de 1 pour 325 vols. Apparemment, elles étaient un peu trop optimistes… Disons aujourd’hui qu’il faudrait ramener ce taux à un accident pour 100 vols.
tf1.fr : Quel est le moment le plus dangereux lors de la rentrée de la navette dans l’atmosphère ?
Toute la zone de freinage dans l’atmosphère est une zone dangereuse. Le frottement de l'air lors du ralentissement de la navette se traduit par des températures très élevées, de l’ordre de 3.000°C à 2.500°C, et par des efforts aérodynamiques très importants. La navette doit rentrer dans l’atmosphère avec un angle bien précis, qui diminue progressivement. Cette incidence variable de décélération est de 40° au début de la rentrée et diminue jusqu’à 10°, avec une très faible marge d’erreur. La navette doit avoir un vol très symétrique, surtout lorsqu’on est en période de freinage aérodynamique. S’il y a la moindre dissymétrie dans le vol, on en perd le contrôle.
tf1.fr : Comment expliquer l’explosion ? Les images révèlent-elles quelque chose ?
Il est trop tôt pour avancer des explications. Il peut y avoir eu une perte de contrôle, une explosion à l’intérieur de la navette… C’est très difficile à dire tant qu’on n’a pas dépouillé tous les paramètres. Les images ne révèlent rien sur la cause possible de l’explosion. On voit un point lumineux, la navette, et un deuxième point lumineux qui s’en détache : tout ce que l’on peut dire, ce que dès ce moment-là, on sait que quelque chose d’extrêmement grave vient de se produire.
tf1.fr : Un astronaute italien,
Umberto Guidoni, a évoqué l’hypothèse d’une erreur dans l'angle de retour dans l'atmosphère…Je ne le pense pas. Le pilotage de la navette se fait de manière automatique. Il est commandé par cinq ordinateurs qui se vérifient en permanence les uns les autres. Quatre d’entre eux disposent d’un logiciel développé par une compagnie, le cinquième fonctionne avec un deuxième logiciel, développé par une deuxième compagnie : la sécurité à ce niveau est donc assurée par un niveau de redondance multiplié par 5. Et même si les ordinateurs avaient une défaillance, il y a toujours la possibilité de passer aussitôt en pilotage manuel. Les astronautes peuvent piloter la navette lors de sa phase de décélération en contrôlant à tout moment son incidence. Ils disposent de grilles qui leur permettent de contrôler que l’incidence est bien adaptée à la vitesse de la navette.
tf1.fr : Et l’hypothèse d’une défaillance du bouclier thermique ? Des images du décollage diffusées par CNN semblaient montrer que la navette avait perdu alors un élément situé près du réservoir central…
J’ai vu ces images, et à mon avis, elles ne montraient rien d’inquiétant. Ce bouclier thermique, c’est la partie noire qui se trouve sous la navette ; il est composé de "briques réfractaires", qui sont régulièrement vérifiées. Sur les images de CNN, on voit bien un élément se détacher de la navette lorsqu’elle quitte le sol – mais je ne pense pas qu’il s’agisse d’une de ces "briques".
Photo d’ouverture : Michel Tognini – AFP
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