© INTERNEContre les attaques aériennes, les autorités irakiennes ont installé à la périphérie de Bagdad des dizaines de tranchées remplies de pétrole. En cas d'alerte, elles sont incendiées, provoquant d'épais nuages noirs au-dessus de la capitale. Objectif : gêner les tirs de missiles. Ce système de défense a été utilisé à de nombreuses reprises, dès le samedi 21 mars. A l'heure actuelle, force est de constater qu'il n'a pas empêché les vecteurs anglo-américains d'atteindre leurs cibles.
Impact limité
Les écrans de fumée n'ont aucun impact sur les missiles de croisière et les bombes JDAM (Joint direct attack munitions), qui sont guidés par satellite. Ces engins "volent à travers le brouillard, la pluie, les nuages — tout", explique à New Scientist Jim O'Haloran, journaliste au groupe de communication britannique Jane's, qui édite plusieurs revues de référence en matière d'armement et d'aérospatial. Son collègue Duncan Lennox indique qu'en revanche, la fumée pourrait poser problème aux missiles guidés par laser, comme les Paveway-II. A travers un tel nuage, l'arme pourrait en effet perdre la cible pointée par le laser. Avec les risques de détruire un site non prévu. Mais l'arsenal américain comprend peu de missiles à guidage laser, selon New Scientist.
"Menace biologique mesurée"
Le régime irakien pourrait aussi recourir à des armes biologiques. C'est en tout cas, ce qu'avance l'Etat-major de la coalition. Dans l'édition de Libération du 25 mars, Michel Meyran et Jean-Etienne Touze, deux médecins généraux au service de santé des armées, ont relativisé cette menace. Si "de nombreux pathogènes issus du monde animal, végétal ou microbien sont militarisables", écrivent-ils, leur mise au point implique "des contraintes techniques allant de leur fabrication" (disposer de laboratoires de très haute sécurité) "à leur dispersion" (connaître le niveau immunitaire de la population, maîtriser les conditions climatiques et écologiques).
C'est la raison pour laquelle "peu de pathogènes responsables d'épidémies redoutables dans le passé (variole, peste…) peuvent être utilisés à des fins agressives", insistent-ils. Autres menaces biologiques : les toxines, comme la ricine. Leur l'introduction dans la chaîne alimentaire, les circuits d'eau potable ou d'air conditionné entraînerait des "toxi-infections redoutables", avertissent les médecins.
Désorganisation massive
Reste que "l'emploi de ces agents à des fins agressives implique trop de préalables pour un usage militaire", selon ces spécialistes. De telles armes biologiques ne pourraient être "utilisées que ponctuellement et à faible échelle". Et les docteurs Meyran et Touze de conclure : plus que des "armes de destruction massive", "l'imprévisibilité de leur impact en terme de mortalité et l'effet de panique qu'elles occasionneraient en feraient plutôt des armes de désorganisation massive".
photo d'ouverture : archives (AFP)
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