Sur le front de la guerre psychologique

Par Matthieu DURAND, le 25 mars 2003 à 07h00 , mis à jour le 25 mars 2003 à 16h38

La guerre se gagne avec des balles mais aussi avec des mots. L'armée américaine l'a bien compris, qui mène une campagne de propagande sans précédent.

irak tract propagande armée américaine saddam hussein © INTERNE

Si la guerre psychologique n'est pas nouvelle — elle constitue même une procédure militaire standard depuis la Première guerre mondiale —, elle n'a jamais été aussi intense que pour le conflit actuel : depuis novembre 2002, la coalition a largué 20 millions de tracts au-dessus de sites civils et militaires irakiens. En comparaison, 29 millions de feuillets avaient été largués lors de la guerre du Golfe, en 1991.

Tout dépend de la cible

Les tracts de propagande jouent sur les émotions et les peurs des soldats de manière à diminuer leur volonté guerrière, explique le Washington Post. Objectif numéro un : appeler les Irakiens à ne pas prendre les armes contre les troupes coalisés. "Si vous prenez une position offensive, vous serez détruits. Si vous vous rendez, vous serez épargnés", indique un de ces tracts. Il s'agit à la fois de rassurer les civils sur les intentions de la coalition et de terrifier les militaires, en annonçant le largage de 3.000 bombes lors des premiers jours du conflit, par exemple.

Selon Phil Taylor, spécialiste de la guerre psychologique à l'université britannique de Leeds, interrogé par New Scientist, la campagne de propagande actuelle est plus forte que celle de 1991 à deux niveaux : d'une part, certains messages sont émis directement par le président Bush et le secrétaire d'Etat à la Défense Donald Rumsfeld ; d'autre part, les messages indiquent cette fois-ci aux Irakiens qu'ils pourraient jouer un rôle dans l'Irak de l'après-Saddam Hussein.

Propagande sans frontières

Cette guerre psychologique est-elle pour autant efficace ? Son impact est plus fort sur les conscrits que sur les militaires professionnels ou bien entraînés. C'est le cas actuellement : aucun membre de la Garde républicaine irakienne ne semble s'être rendu aux troupes de la coalition. Par ailleurs, la psychologue Adrianne Aron, de l'université de Berkeley, affirme au Washington Post que la propagande est d'autant plus efficace que la "cible" ne peut pas lui opposer une autre source d'information. Enfin, les différences culturelles ne sont pas à négliger : pour que les tracts soient bien "reçus", encore faut-il que les Irakiens soient enclins à faire confiance aux Américains. Ce qui a priori est loin d'être le cas.

Selon les Américains, 3.000 Irakiens, militaires et civils, se sont ainsi rendus. Mais les soulèvements massifs de la population, notamment dans le Sud-Est irakien majoritairement chiite et opposé au régime, n'ont pas eu lieu à ce jour. Et la propagande fonctionne aussi dans l'autre sens. Les autorités irakiennes ont semble-t-il compris comment jouer sur les vulnérabilités américaines, exploitant au mieux le thème de "nouveau Vietnam".

         PsyOps au front

Les unités spéciales PsyOps, créées pendant la guerre du Vietnam, se chargent de diffuser des messages de propagande. Leurs cibles : les civils, les militaires et même les leaders du régime irakien. Leurs moyens : tracts, émissions radio ou télé et même emails et télécopies.

photo d'ouverture : "Il (Saddam Hussein) vit dans la splendeur alors que votre famille lutte pour survivre", indique ce tract américain largué en Irak le 23 mars (crédit : United States Central Command).

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Par Matthieu DURAND le 25 mars 2003 à 07:00
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