© INTERNEA 90 printemps, Christiane Desroches Noblecourt peut s'enorgueillir d'en avoir passé 70 à découvrir et interpréter la civilisation des anciens Egyptiens. Une carrière exceptionnelle qu'elle a menée avec passion, détermination et curiosité, avide d'étoffer ses connaissances et de sortir des sentiers battus. Dans un livre d'entretiens (1), elle revient sur "sa" traversée des siècles.
Bagarreuse forcée
"Fascinée par les personnages des peintures" égyptiennes, Christiane a 9 ans lorsque le tombeau de Toutankhamon est exhumé. "C'était comme un conte de fée", se rappelle-t-elle. Plus de 80 ans plus tard, elle démonte d'ailleurs la pseudo malédiction qui aurait frappé les découvreurs : "des histoires ridicules !". Ce qui ne l'empêchera pas de recourir à ces croyances pour obliger une banque à lui céder des objets qu'elle convoitait.
"Devenir égyptologue, c'était une lubie, une folie, pas un métier", souligne-t-elle. Pourtant, Christiane Desroches-Noblecourt entre au musée du Louvre, au département des Antiquités égyptiennes. Là, elle étudie le travail de ses prédécesseurs illustres, tels Champollion ou Mariette Pacha. "Il est rare d'avoir une idée neuve en égyptologie", justifie-t-elle. Envoyée en Egypte en 1937, elle y découvre la liberté mais aussi la mesquinerie de certains confrères machistes. Christiane s'impose. "Si je suis devenue bagarreuse, c'est par nécessité", affirme-t-elle. Un tempérament et une rectitude qui l'amèneront à rejoindre l'un des tout premiers réseaux de résistance pendant la guerre.
Contre les idées reçues
Au delà des souvenirs et des anecdotes, celle qui deviendra la première femme conservateur du Louvre livre sa conception de son métier et donne de précieux conseils aux archéologues en herbe. La première vertu de l'égyptologue, c'est d'être "pleinement humain" ; et sa "première ambition" de "se dégager des idées reçues". Il ne faut pas "faire parler" un objet mais le "laisser parler", assène-t-elle. Une méthode qui lui permettra de percer plusieurs secrets de la civilisation des pharaons.
Sa "conviction profonde" : "les croyances égyptiennes aboutissent à des notions scientifiques que nous ne connaissons pas mais qu'ils possédaient parfaitement et qu'ils exprimaient par des symboles". Et de déclarer : "moralement, l'humanité n'a pas évolué depuis l'époque des pharaons. Peut-être même a-t-elle régressé". Un livre passionnant sur une femme exemplaire.
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(1) Christiane Desroches-Noblecourt : Sous le regard des dieux, Albin Michel, 382 pages, 22€.
photo d'ouverture : Christiane Desroches-Noblecourt (détail de couverture, Albin Michel)
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