Columbia : un joint, cause probable de la catastrophe

Par AFP, le 07 mai 2003 à 11h27 , mis à jour le 07 mai 2003 à 11h49

Selon les enquêteurs, la navette Columbia a probablement explosé à cause d'un joint manquant ou endommagé sur l'aile gauche de l'appareil. La cause : l'impact d'un morceau de mousse au décollage.

Décollage de la navette Columbia © INTERNE

Le Conseil d'enquête sur l'accident de Columbia (CAIB) a rendu mardi ses premières conclusions : la catastrophe a probablement pour origine la perte d'un joint reliant les tuiles du bord d'attaque de l'aile gauche de la navette Columbia, perte causée par l'impact d'un débris au décollage.

Au décollage

L'amiral à la retraite Hal Gehman, président du CAIB, a déclaré que les enquêteurs se concentrent désormais sur le scénario d'un échauffement anormal lors du retour de la navette sur Terre, le 1er février. Le joint en question aurait été endommagé 81 secondes après le décollage de Columbia, le 16 janvier, par l'impact provoqué par un morceau de mousse isolante qui s'est détaché du réservoir externe, a-t-il expliqué.

Or, deux jours après cet incident, alors que Columbia se trouvait sur orbite, des radars du Commandement spatial américain ont repéré un petit objet se détachant de la navette. "L'objet est resté près du vaisseau pendant deux jours et demi, avant de rentrer dans l'atmosphère", a-t-il précisé. Les tests effectués pour tenter d'identifier cet objet, grâce à sa masse et à sa taille supposées, ont montré qu'il correspondait à un joint (dit "joint-T") utilisé pour lier les tuiles thermoprotectrices sur le bord d'attaque des ailes.

Joint-T flottant

Solidement attachées à la structure de l'aile, ces tuiles en alliage graphite composite (carbone-carbone renforcé ou RCC) sont ultra-résistantes à la chaleur et peuvent subir des températures pouvant aller jusqu'à 1.650 degrés Celsius. Elles sont reliées par les joints-T, eux aussi fabriqués en RCC. Ces joints en forme d'arceau ont la particularité de ne pas être fixes mais d'être "flottants", ce qui leur permet d'accommoder l'expansion et la contraction des alliages composites en fonction des températures et des déformations de l'aile.

En pénétrant dans l'atmosphère à plus de 27.000 km/h, la navette s'échauffe considérablement à la faveur de la friction de l'air. Les températures sur le nez et le bord d'attaque des ailes peuvent alors atteindre plus de 1.300°. Or, après l'incident au décollage, le joint-T manquant ou endommagé sur l'aile gauche aurait laissé à nu la structure interne de l'aile, ce qui aurait permis aux gaz chauds d'y pénétrer lors de la rentrée fatidique de Columbia dans l'atmosphère. La structure interne de l'aile, en aluminium, n'est pas conçue pour résister à des températures de plus de 350° Celsius. Sous l'effet de la chaleur intense, "l'aile a commencé à se déformer", perdant son intégrité structurelle, et la navette s'est désintégrée, a décrit l'amiral Gehman.

          Procédures en cause

L'enquête n'est pas terminée. Le CAIB va se pencher sur les procédures de la Nasa qui a continué à lancer ses navettes, alors que plusieurs incidents impliquant des débris de mousse au décollage étaient déjà survenus lors de précédents lancements. L'amiral Gehman s'est refusé à indiquer une possible date pour la reprise des vols, ajoutant que la commission transmettrait au préalable à la Nasa "une série importante de recommandations".

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