"Un écosystème brûlé se régénère en 30 à 40 ans"

Par Matthieu DURAND, le 21 juillet 2003 à 07h00 , mis à jour le 21 juillet 2003 à 21h50

L'impact des incendies de forêts dépend à la fois de l'intensité du feu et du milieu naturel. Dans 90% des cas, aucune réhabilitation n'est effectuée, explique le chercheur Michel Vennetier.

incendie corse maquis 2 © INTERNE

En mai 2003, tf1.fr avait demandé à Michel Vennetier, chercheur au Cemagref, d'expliquer les conséquences des incendies de forêt sur les écosystèmes, notamment méditerranéens. Un sujet toujours d'actualité alors que le Var et la Corse du Sud sont la proie des flammes.

tf1.fr : Quel est l'impact d'un incendie sur l'environnement ?

Michel Vennetier : L'importance des dégâts dépend du milieu naturel. Dans les zones dégradées de garrigue ou de maquis bas, on revient à l'état original en 4 à 5 ans si les incendies ne se succèdent pas trop souvent. Dans les forêts de feuillus (chênes, arbousiers…), le feu tue la partie aérienne mais les arbres "rejettent des souches", c'est-à-dire qu'ils repartent du pied et repoussent assez vite. Un peuplement jeune remplace un peuplement adulte. L'impact se fait donc surtout sentir au niveau du paysage et en terme économique.
Si les résineux (pins, cèdres…) sont totalement brûlés, ils meurent. Mais, quelques heures après le feu, les cônes (pommes de pins, NDLR) s'ouvrent et les graines se répandent sur le sol. Encore faut-il que les graines soient mûres pour qu'une repousse soit possible. Enfin, l'impact sur le sol dépend de l'intensité de l'incendie, de la sécheresse du sol, de sa biomasse, de son inclinaison… Un feu violent sur un sol sec va brûler profondément la litière en surface mais aussi le sol en profondeur, les racines, la micro-faune…

tf1.fr : Les réhabilitations sont-elles possibles après un feu ?

M. V. : Après 90% des feux, on ne fait rien, sauf s'il y a des enjeux majeurs à proximité, par exemple, si l'érosion des sols due à l'incendie menace des habitations. Pendant longtemps, on s'est acharné à reboiser des zones brûlées ; cela a coûté très cher pour des taux de réussite minables. Mais souvent, le feu crée un traumatisme psychologique. La réhabilitation a donc un effet plus social qu'écologique.
Concernant les replantations, il y a aussi un débat entre les tenants et les opposants du pin. C'est un arbre normalement rare en région méditerranéenne : certains l'accusent de faciliter les incendies car il brûle bien et vite. Le problème, c'est que dans beaucoup d'endroits, à part les pins, il n'y a pas grand-chose qui peut pousser. Par ailleurs, le pin reconstitue l'humus et le couvert forestier, ce qui facilite ultérieurement la réinstallation des chênes. Pour qu'un écosystème brûlé retrouve son niveau d'origine, il faut compter 30 à 40 ans, et jusqu'à 100 ans pour les mauvais sols. Evidemment, les gens n'ont pas la patience d'attendre aussi longtemps.

tf1.fr : Quelle est la situation dans le sud-est et en Corse, habituelles zones sensibles ?

M. V. : Le feu fait partie de l'écosystème pourvu qu'il ne "passe" pas trop souvent car il perturbe alors le cycle de régénération. Or, les incendies se déclarent trop souvent : tous les 15 à 40 ans dans les zones à risques. Certaines zones brûlent tous les cinq ans depuis 30 ans ! Les collines autour de Marseille sont très dégradées. Heureusement, 95% des feux sont arrêtés dans la première demi-heure. De gros progrès ont été réalisés en termes de moyens et de techniques d'intervention. Reste que l'on protège d'abord les vies et les installations humaines avant de protéger l'environnement.

          6.000 départs de feu annuels

Chaque année, 6.000 départs de feu sont enregistrés en France. Ce sont ainsi "10.000 à 30.000 hectares de forêt qui partent en fumée, voire plus lors des années particulièrement mauvaises", selon Michel Vennetier. "Hors un gros pourcentage d'origine inconnue", les incendies sont dus à des actions humaines, majoritairement des actes d'imprudence (barbecues, mégots, travaux agricoles…). Plus de la moitié des incendies présentent des "sautes de feu" (projections enflammées ou incandescentes à l'origine de foyers secondaires), dont un tiers est supérieur à 100 mètres, selon le Cemagref.

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Par Matthieu DURAND le 21 juillet 2003 à 07:00
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