© INTERNELe gouvernement Bush a-t-il laissé faire, voire facilité, le vol des trésors antiques irakiens ? Plusieurs scientifiques et journalistes n'hésitent pas à l'affirmer, en s'appuyant sur les accusations d'un archéologue américain, explique la revue Historia dans son numéro de juillet (1).
"Arrangement" dénoncé
Le 24 janvier 2003, soit moins de deux mois avant le déclenchement de l'intervention militaire en Irak, le ministère de la Défense américain reçoit une délégation de l'American council for cultural policy (ACCP). Ce comité "rassemble des riches collectionneurs et des spécialistes du marché de l'art", précise dans la revue française Richard Lebeau, historien du Proche-Orient ancien (2). Leur objectif affiché : faire pression sur le gouvernement américain pour assouplir la politique irakienne d'exportation d'antiquités, qu'ils jugent trop stricte. Selon ces amateurs d'art mésopotamien, "les trésors archéologiques du pays (l'Irak, NDLR) seraient davantage en sécurité (…) dans les collections privées et dans des musées publics américains", avance Historia.
Un seul archéologue participe à cette réunion : l'Américain McGuire Gibson. Un scientifique réputé et respecté, qui partage son temps entre l'enseignement à l'université de Chicago, les fouilles en Irak et la traque des objets volés dans ce pays. Venu pour défendre la protection des sites archéologiques irakiens contre les bombardements américains, il dénonce un "arrangement" entre les officiels américains et l'ACCP, qui compte en son sein "des personnages très, très influents", dont "un ancien du département d'Etat, Arthur Houghton", et proches de l'équipe du président Bush.
"Désastre" scientifique
Y a-t-il un lien entre cette réunion et le pillage des musées et sites archéologiques irakiens ? Ce qui est certain, souligne Richard Lebeau à tf1.fr, c'est que certaines pièces ont été "commandées" : "les pillages n'ont pas été effectués au hasard". Ainsi les voleurs ont-ils dédaigné certaines pièces maîtresses dupliquées — des faux exposés au public tandis que les originaux sont précieusement conservés dans les réserves. Outre le musée de Bagdad, ce sont des milliers de sites qui ont été fouillés et vidés de leurs trésors. Les filières passent par le Koweit, l'Arabie saoudite, la Turquie, la Jordanie et la Syrie, avec une plaque tournante : Londres. Des antiquités irakiennes y sont vendues en toute illégalité mais aucune arrestation n'a été effectuée à ce jour.
Les scientifiques et l'Unesco poussent ainsi les Américains à mieux protéger les sites irakiens. Il y a urgence. "Le désastre est presque irrémédiable", constate Richard Lebeau. "Peut-être retrouvera-t-on certaines pièces disparues mais elles n'auront plus de valeur scientifique car, hormis celles volées dans les musées, on ne saura pas où elles ont été trouvées, à côté de quels autres objets, dans quel contexte…autant d'informations capitales pour les chercheurs".
(1) Historia, juillet 2003 (en Une "De la Sicile à la Côte d'Azur : l'empire des mafias")
(2) Dernier ouvrage : Atlas archéologique biblique, à paraître le 5 septembre aux éditions Autrement.
photo d'ouverture : une salle pillée du musée de Bagdad, en avril dernier
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