Archéologues : après la colère, l'inquiétude

Par M. D., le 22 juillet 2003 à 17h41 , mis à jour le 22 juillet 2003 à 18h02

Le Parlement français a adopté mardi la réforme de l'archéologie préventive. Objectifs : décentralisation et ouverture à la concurrence. Un archéologue fait part de ses craintes à tf1.fr.

Découverte archéologique majeure en région parisienne © Manreo

De nombreux archéologues ont manifesté dans toute la France pendant des semaines, certains n'hésitant pas à se mettre nus ou à plonger dans la Seine. Cela n'a pas empêché l'adoption mardi par le Parlement du projet de réforme de l'archéologie préventive. Après les députés, les sénateurs ont ainsi approuvé le texte, la majorité de droite ayant voté pour, le PS et le PCF ayant voté contre.

Fin du monopole

Le projet modifie la loi du 17 janvier 2001 qui confiait le monopole des opérations archéologiques à un établissement public, l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). Ce dernier était financé par deux redevances, au mode de calcul complexe. Désormais, la redevance est unique : elle sera perçue sur tous les chantiers d'aménagement supérieurs à 3.000 m2. Elle permettra de financer les diagnostics (y a-t-il ou non des vestiges archéologiques sur le site du chantier ?) et l'exploitation des recherches. En revanche, les fouilles seront à la charge des aménageurs, qui passeront des conventions soit avec des opérateurs privés, agréés par l'Etat, soit avec les services régionaux d'archéologie, qui dépendent du ministère de la Culture.

Le ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon a insisté sur "l'arbitrage équilibré entre les exigences de la science, les exigences du respect et de la conservation de notre patrimoine et la prise en compte lucide des réalités économiques". Au contraire, pour le sénateur communiste Jack Ralite, ce texte "confie la sauvegarde des sites aux aménageurs et privatise de fait l'archéologie préventive".

"Aberration scientifique"

"Plus qu'une privatisation, il s'agit d'une ouverture de l'archéologie préventive à la concurrence", nuance à tf1.fr Jean-Marie Pailler, professeur d'université et directeur de l'unité toulousaine d'archéologie et d'histoire (Utah), au CNRS. Une "ouverture" qui le gêne d'autant moins que les services régionaux d'archéologie demeurent aux commandes des opérations de fouilles.

Or, la France compte trop peu d'archéologues territoriaux et encore moins de sociétés spécialisées pour mener des fouilles, relève-t-il. Plus inquiétant encore, selon lui, "le risque d'éclatement de l'acte archéologique" entre plusieurs acteurs. "C'est une aberration, d'un point de vue scientifique", insiste Jean-Marie Pailler. Bref, après l'étude par le Conseil d'Etat d'un certain nombre de points litigieux de la loi, son application sur le terrain devrait créer "une période de flottement qui risque de nuire aux fouilles", s'inquiète le spécialiste.

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Par M. D. le 22 juillet 2003 à 17:41
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