© INTERNEPlutôt habitués à l’ombre des bibliothèques, les papyrologues s’inquiètent du soudain intérêt porté à l’objet de toutes leurs études. Ils s’émeuvent surtout des sommes déboursées pour ces manuscrits fabriqués par les anciens Egyptiens à partir d’une plante poussant sur les bords du Nil et témoins de cultures antiques : du simple contrat de vente au texte religieux.
Lors d’une vente aux enchères à New York le 20 juin dernier, un acheteur inconnu a mis sur la table pas moins de 400.000 dollars pour un papyrus datant du IIIe siècle après Jésus-Christ et portant un beau passage en grec du chapitre 8 de l’évangile de saint Jean (1). "Insensé", "ridicule", "choquant" : les commentaires ont fusé chez les spécialistes qui, pour beaucoup n’auraient pas mis la moitié de cette somme.
Plus de trois millions de dollars
Tous craignent que cette vente donne des idées aux spéculateurs jusqu'alors peu intéressés par ces pièces. Les papyrus pourraient finir au fond de coffres et leurs nouveaux propriétaires préférer l’anonymat. Or, rappellent les spécialistes, avant d'être des objets de valeurs, il s'agit avant tout de sources indipensables aux chercheurs et étudiants. En théorie, rien n'empêche les bibliothèques publiques ou les musées de s’en porter acquéreurs et d'en garantir l’accès. Mais, leurs caisses sont souvent vides et la tentation serait plutôt de se défaire de ces documents à bon prix.
C’est ce qu’a fait le propriétaire du papyrus vendu 400.000 dollars. Confrontée à une dette de 4 millions de dollars, la Colgate Rochester Crozer Divinity School (CRCDS, New York) a chargé Sotheby’s de vendre au plus offrant le fragment de l’évangile de saint Jean. Dans le lot également : une trentaine d’autres papyrus, des tablettes en cunéiforme et quelques livres rares. Au total, l’opération a rapporté 3 311 280 dollars, en ce compris la commission de la maison de vente.
"Jamais un gentleman..."
Dans cette affaire, les paléographes sont d’autant plus en colère que les papyrus avaient été donnés en cadeau. Dans les années 1920, l’Egypt Exploration Society de Londres avait souhaité remercier l’ancêtre de la CRCDS pour sa contribution aux opérations de fouilles à Oxyrhynchus, petit village à 160 kilomètres au sud-ouest du Caire où furent découverts les papyrus entre 1893 et 1908. Pour les papyrologues, pas de doute : il aurait été de bon ton de restituer les documents au donataire ou, à la limite, de les vendre à une bibliothèque publique mais sans passer par une vente aux enchères.
Las, rien juridiquement, ne pouvait imposer cette solution. "A l'époque, jamais un gentleman n’aurait envisagé de vendre le cadeau qu’il aurait reçu", déplore Adam Bülow-Jacobsen, professeur émérite de papyrologie à l’université de Copenhague (Danemark). Autre temps, autre moeurs. Autres techniques aussi : avant d'être vendus,
les papyrus d’Oxyrhynchus ont été numérisés et stockés sur Internet (2). "Le problème le plus important, fait remarquer le professeur Robert Kraft, concerne des documents qui doivent encore être étudiés." Car, explique ce spécialiste des religions à l’université de Pennsylvanie (Etats-Unis), "pour les chercheurs, le mystère qui entoure des pièces non encore publiées a bien plus d’attrait que la renommée d’un document déjà déchiffré et édité."(1) (Oxyrhynchus Papyri, n°1780).
(2) http://www.atla.com/digitalresources/
(Image AFP : les papyrus, comme celui-ci portant un passage du philosophe grec Empedocles, constituent des sources précieuses pour les chercheurs)
Un casque romain part aux enchères pour plus de 2,5 millions
Un acheteur anonyme a acquis jeudi un casque romain en bronze lors d'enchères chez Christie's pour 2,6 millions d'euros. Soit plus de huit fois le prix estimé.
Publié le 07/10/2010
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