© INTERNEPlus que deux semaines pour "conclure" à la plage. Pour vous aider dans votre entreprise de séduction, oubliez les approches "à la Aldo Maccione" ou "à la Marylin" et inspirez-vous plutôt des techniques de l'algue Dunaliella, du percnoptère d'Egypte ou de la gélinotte des armoises. Pour vous faciliter la tâche, plongez-vous dans Une histoire naturelle de la séduction, un livre très sérieux et plein d'humour que l'on doit au scientifique Claude Gudin (1).
Ruse et violence
De la cellule à six atomes de carbone (acide mévalonique) à l'homo sapiens, en passant par les plantes et les animaux, ce docteur en biologie végétale détaille les trésors d'ingéniosité employés pour attirer l'autre. Car la séduction s'exprime sous plusieurs formes : les couleurs, le chant, la danse, les odeurs, les saveurs, le sexe… et la ruse. L'orchidée Ophrys apifera est ainsi dotée d'une excroissance qui ressemble à une abeille femelle que vient immanquablement féconder une abeille mâle, laquelle, en s'excitant, répand le pollen dans le pistil de la plante. Une autre orchidée tropicale utilise, elle, trois "entremetteurs" pour se reproduire : une mouche que dévore une araignée que dévore un colibri.
La séduction est parfois violente : la mante religieuse dévore son partenaire alors qu'il parade après l'accouplement tandis que, chez une espèce de punaise, le mâle transperce la femelle avec son "pénis-dard", les spermatozoïdes étant véhiculés par le sang. Moins brutal, la cigale mâle conquiert sa "belle" en l'assourdissant avec son chant (158 décibels). A chacun sa méthode. Si l'homme aime séduire la femme en lui offrant des fleurs — le bouquet n'étant qu'une "gerbe de sexes en rut", rappelle le spécialiste des plantes — la mouche-scorpion "offre à la femelle sa vomissure et profite du fait qu'elle la dévore pour la féconder". 
L'habit fait le moine
Très importante, l'apparence. Chez les animaux, le mâle est d'ailleurs souvent plus coloré que la femelle. Une façon d'annoncer la couleur : si le flamant a de belles plumes roses, c'est qu'il mange beaucoup de bétacarotène — fourni, via trois maillons alimentaires, par l'algue Dunaliella — lequel se retrouvera dans les parties sexuelles de la femelle, qui s'en servira à son tour pour renforcer le pouvoir immunologique de son poussin. Bref, la femelle ne choisit pas le mâle le plus beau parce qu'elle est superficielle mais parce qu'elle pense à sa descendance !
Quant au paon, qui illustre la couverture de cette Histoire pleines d'histoires, il symbolise la parade amoureuse. Or, nous apprend Gudin, il exhibe ses couleurs vives pour faire fuir ses concurrents et séduit son élue en lui présentant… son croupion. Et l'homme dans tout ça ? La séduction est une réponse à l'angoisse liée à sa vulnérabilité. Maquillage, vêtements, parfums, nourriture, danse, chant… il séduit et se fait séduire avec les mêmes armes que celles employées par Dame Nature. A la différence près que, chez les humains, ce sont les femelles qui se parent de couleurs alors que les mâles sont davantage ternes. Et Claude Gudin de poser la question : et si la femme était le sexe dominant ?
(1) Claude Gudin : Une histoire naturelle de la séduction, Seuil, 200 pages,16€.
photo d'ouverture : détail de la couverture
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