© INTERNEDes chercheurs français de l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) ont réussi à cloner des rats. Non seulement il s'agit d'une première mais ces travaux pourraient permettre de faire avancer la recherche sur des maladies humaines telles que le diabète ou l'hypertension. Une nouvelle illustration du formidable apport des animaux de laboratoire à la science. Biologiste de formation, la journaliste Catherine Bousquet a souhaité leur rendre hommage dans un ouvrage intitulé Bêtes de Science (1).
tf1.fr : Vous vous êtes intéressée à une dizaine d'animaux de laboratoire seulement. Pourquoi ?
Catherine Bousquet : Je n'ai retenu que les modèles incontestés, les animaux qui ont fini par représenter une discipline scientifique. A ce titre, la souris, la mouche drosophile et le ver sont les trois "stars" du 20e siècle. Mais tous les modèles de labo ont des hauts et des bas, sont très utilisés puis négligés jusqu'à ce qu'une découverte les placent à nouveau en pleine lumière, comme le rat.
tf1.fr : Ces animaux de laboratoire ont été entièrement "reconstruits" pour les besoins de la science…
C. B. : Il n'y a rien à voir entre un animal naturel et son équivalent de laboratoire. Si on lâche une drosophile de labo dans la nature, elle ne survivrait pas. Les animaux ont été "designés" sur mesure. Il y a ainsi plusieurs espèces de rats de laboratoire : le "Wistar" est vigoureux ; le "Long-Evans" apprend plus rapidement ; le "Sprague-Dawley" possède une meilleure mémoire spatiale…
tf1.fr : Et pourtant, ces animaux réservent encore des surprises…
C. B. : C'est ce qui est le plus excitant ! Je suis un peu sévère avec les psychophysiologues qui déclaraient que les rats avaient des "comportements superstitieux" parce qu'ils exécutaient des actes "inappropriés" par rapport à ce que les chercheurs leur demandaient de faire. Par ailleurs, la nouvelle éthologie, qui consiste à observer les animaux en conditions naturelles ou semi-naturelles, prend davantage en compte la biodiversité. On considère qu'il ne faut plus étudier 10 ou 15 animaux vedettes, même si des données très utiles ont été accumulées sur eux, mais explorer la richesse du monde vivant.
tf1.fr : Que répondez-vous à ceux qui dénoncent les expériences faites sur les animaux ?
C. B. : Qu'il faudra toujours passer par des tests sur des animaux entiers pour les expériences de physiologie, pour tester des médicaments, etc. Toutefois, ces tests ont tendance à diminuer, à la fois par souci éthique et grâce au séquençage du génome. Les chercheurs ont en effet découvert que les animaux et les humains sont extraordinairement apparentés. On peut désormais substituer l'usage de certains animaux par celui de vers ou d'autres organismes simples. Et puis, les scientifiques qui font de la recherche fondamentale sont très attachés au bien-être de leurs animaux. A tel point que se sont créées des communautés de chercheurs : il y a les "gens de la mouche" ou "les gens de la souris", qui estiment tous que leur bestiole est meilleure que celle de leurs confrères.
(1) Catherine Bousquet : Bêtes de Science, Seuil, 233 pages, 20€.
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