© INTERNESelon une étude israélienne, présentée la semaine dernière lors d'une conférence sur les agents anti-microbiens à Chicago, 12% des téléphones portables utilisés par le personnel médical du Centre médical de l'université de Soroka étaient porteurs de l'Acinetobacter baumanii. Une bactérie mortelle dans plus d'un cas sur deux. Guillaume Kac, médecin hygiéniste à l'hôpital européen Georges Pompidou, était présent à Chicago. Il livre à tf1.fr son commentaire sur l'étude.
tf1.fr : L'A. baumanii est-elle une bactérie répandue dans les hôpitaux ?
Guillaume Kac : C'est une bactérie bien connue que l'on trouve à l'état naturel dans l'environnement hospitalier. Elle est responsable d'infections, principalement pulmonaires ou liées au cathéter (sonde, perfusion… NDLR), et plus rarement urinaires. Mais elle ne touche pas tout le monde, seulement les malades très fragilisés, à savoir les personnes immunodéprimées, les transplantés, les patients sous corticoïdes ou sous chimiothérapie…
tf1.fr : Comment les patients l'attrapent-ils ?
G. K. : Ce n'est pas une bactérie qui "saute" sur le malade. Elle ne peut être transmise que par un individu. En l'occurrence, concernant cette étude, si la bactérie présente sur le portable se retrouve sur un malade, c'est que le soignant a commis une faute d'hygiène. Avant et après chaque examen d'un patient, le personnel soignant doit se laver les mains avec un produit hydro-alcoolique, qui se trouve en permanence dans les chambres des patients. L'utilisation de ce type de produit a été recommandé en décembre 2001 par le Comité technique national des infections nosocomiales (1). Il est plus efficace et mieux toléré que l'eau savonneuse. Et c'est plus pratique que d'aller à un point d'eau.
tf1.fr : L'enquête israélienne a abouti à l'interdiction des portables pendant les visites aux patients. Faut-il adopter cette pratique en France ?
G. K. : Je ne pense pas. On avait déjà le même débat sur les claviers d'ordinateurs, porteurs d'infections. Selon moi, il faut accentuer le travail de formation auprès des soignants pour qu'ils se frictionnent les mains. Un effort qui est de plus en plus respecté. Selon la dernière enquête de prévalence menée en 2001, les infections nosocomiales touchent 7% des malades hospitalisés, soit 5 à 10% de moins qu'en 1996. Un pourcentage pas si mauvais que cela, d'autant que la gravité des maladies chez les personnes susceptibles d'être infectées est en augmentation. Mais, évidemment, on ne peut pas s'en satisfaire.
(1) Les infections nosocomiales désignent les infections "acquises" à l'hôpital au-delà d'un séjour de 48 heures
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