© INTERNEUne invasion de criquets pourrait "rapidement" ravager les cultures dans le nord de l'Afrique sub-saharienne. "Parfois, c'est une question de semaines", insiste l'organisation des Nations Unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO), qui a lancé lundi un appel à l'aide. Les experts ont repéré trois principaux foyers d'infestation : le nord-ouest de la Mauritanie, le nord du Niger et le nord-est du Soudan. Si la situation se détériore, les essaims pourraient migrer au Maroc, au sud de l'Algérie et vers la mer Rouge.
"Le nombre de criquets augmente rapidement. Ils commencent à se regrouper, ce qui est caractéristique d'une invasion", a insisté la FAO. Ce sont des conditions pluviométriques favorables dans les zones désertiques — de l'Atlantique à l'Inde pour le criquet pèlerin — qui offrent la possibilité aux insectes de se concentrer et de se multiplier, indique à tf1.fr Michel Lecoq, responsable de l'unité de recherche en acridologie (la "science des acridiens", famille à laquelle appartiennent les criquets, NDLR) opérationnelle au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad).
Agir vite
"Avant les années 60, les périodes d'invasion duraient 10 à 15 ans pour des périodes de 3 à 5 ans de calme", explique-t-il. Les phases de sécheresse en Afrique ainsi que les efforts pour lutter contre ce fléau ont fait chuter les pullulations. Les dernières "grandes" invasions se sont déroulées de 1997 à 2000 pour Madagascar et de 1987 à début 1989 pour l'Afrique de l'Ouest. Mais, paradoxalement, le succès du "dispositif anti-criquets" s'est traduit par une réduction des crédits alloués, puisqu'il y avait moins d'acridiens à combattre… La menace est donc sérieuse. "Il y a trois mois, il n'y avait rien. Aujourd'hui, nous sommes en phase de début de recrudescence", prévient le spécialiste.
Deux équipes d'épandage de pesticide ont été dépêchées en Mauritanie et des avions de lutte antiacridienne affrétés au Soudan. Il existe également d'autres méthodes de lutte moins chimiques, tels les mycopesticides (spores de champignons pathogènes pour le criquet) ou les phérormones (substances chimiques "brouillant" celles émises par les insectes). Mais elles n'ont jamais été utilisées à grande échelle et ne sont pas non plus sans conséquences pour l'environnement, souligne Michel Lecoq. Plus les épandages de pesticides seront donc effectués tôt, moins les zones traitées seront importantes. D'où la nécessité d'agir vite. En 1987-1988, l'invasion de criquets en Afrique de l'Ouest a nécessité un apport de 315 millions de dollars de la part des bailleurs de fonds, sans compter les dépenses engagées par chaque pays.
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photo : un criquet pélerin
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