Drogue et alcool, le mauvais "trip"

Par Matthieu DURAND, le 23 octobre 2003 à 07h00 , mis à jour le 23 octobre 2003 à 16h15

Les jeunes Européens consomment davantage d'alcool et de drogues, s'inquiète un rapport. Un expert français alerte sur les risques générés par l'association de ces deux substances.

fumeur cannabis © INTERNE

L'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) a fait part mercredi de sa "préoccupation grandissante concernant la consommation excessive d'alcool et la consommation élevée de drogues", notamment de cannabis. Une préoccupation partagée par Didier Jayle, président de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt).

tf1.fr : La "poly-consommation" de drogue et d'alcool est-elle très répandue en France ?

Didier Jayle : La consommation de cannabis est déjà extrêmement répandue chez les jeunes. Elle baisse en général avec l'entrée dans la vie active mais elle peut être très intense pendant plusieurs années et poser des problèmes pour l'apprentissage. Le binôme "cannabis-alcool" est très courant dans les soirées et les week-ends. On estime que cette association multiplie par 4 ou 5 les risques d'accidents de la route. Le cannabis abaisse les réflexes et la vigilance tandis que l'alcool désinhibe. Résultat : cela augmente la prise de risque chez les conducteurs.

tf1.fr : Outre le cannabis, l'ecstasy est une drogue prisée par certains jeunes. Là encore, quels sont les risques d'une consommation associée à celle d'alcool ?

D. J. : On ne peut pas mettre ces deux drogues sur le même plan. Plus de 50% des jeunes consomment du cannabis alors qu'ils sont moins de 3% à prendre de l'ecstasy. C'est une substance très néfaste pour les neurones : sa toxicité, très aiguë sur le moment, s'accompagne d'effets qui se manifestent un à cinq ans après sa consommation, telle la maladie de Parkinson. Chaque association (drogue-alcool, NDLR) accentue les problèmes, les risques, les accidents graves, notamment rénaux pour le binôme ecstasy-alcool.

tf1.fr : Les effets de la poly-consommation sont-ils différents en fonction du type d'alcool ingéré ?

D. J. : Le type et la quantité d'alcool importent moins que la teneur en alcool de la boisson. Il faut rappeler que 3 cl de whisky équivalent à un ballon de rouge ou à un demi de bière.

tf1.fr : Y a-t-il d'autres drogues dont la consommation chez les jeunes est préoccupante ?

D. J. : Le tabac, qui rend très fortement dépendant. 32% des lycéens fument quotidiennement. Si on ne fait rien, ils fumeront toujours dans dix ans. Pour revenir sur le cannabis, ses effets nocifs ont suscité une prise de conscience très tardive. Or, on sait maintenant que le cannabis est plus cancérigène que le tabac. Il peut déclencher des crises de schizophrénie, des bouffées délirantes… A petite dose, le cannabis peut avoir des effets de convivialité ; à forte dose, des effets graves sur la santé ; consommé quotidiennement, des effets délétères sur l'insertion et la formation des jeunes. Il s'agit d'un problème de santé publique qui mériterait une campagne d'information auprès du grand public.

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Par Matthieu DURAND le 23 octobre 2003 à 07:00
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