Thriller sur un divan

Par Matthieu DURAND, le 05 octobre 2003 à 07h00 , mis à jour le 03 octobre 2003 à 17h38

Le psychanalyste Serge Tisseron explique dans son dernier ouvrage comment les films d'Hitchcock l'ont guéri d'un grave traumatisme. Et livre une brillante analyse sur le rôle des images.

comment hitchcok m'a guéri livre serge tisseron détail couv Albin Michel © INTERNE

Une chambre interdite où le grand-père est décédé, un petit garçon qui a la phobie des coins sombres et du téléphone, le regard sévère d'une mère, un cauchemar dans lequel une main griffue jaillit d'un sexe de femme, un adulte qui cherche à lever le voile sur son passé … Autant d'éléments qui rappellent certains films d'Alfred Hitchcok, tels La Maison du docteur Edwards ou encore Pas de printemps pour Marnie. Et pourtant, ces pièces éparses d'un mystérieux puzzle sont tirées d'une expérience personnelle, celle du psychanalyste Serge Tisseron.

La relation entre le vécu du spécialiste et la filmographie du "Maître du suspense" n'est pas anodine : le cinéaste "a ramené du fond de ma conscience un traumatisme enfoui", explique Serge Tisseron dans son ouvrage justement intitulé Comment Hitchcock m'a guéri (1). Comme dans un thriller psychologique, notre Sherlock Holmes freudien invite le lecteur à suivre, pas à pas, son enquête pour découvrir ce terrible choc émotionnel qui l'a marqué à jamais. Une enquête qu'il mène en compagnie de "son" docteur Watson, en l'occurrence… son psychanalyste.

Ecrans maternels


 
Pour la description du traumatisme, Serge Tisseron demande au lecteur "d'imaginer une scène d'un film d'Hitchcock. Il le doit car c'est ainsi que je l'imagine moi-même". Pourquoi Hitchcock ? "Parce que dans la plupart de ses films, un héros masculin est brutalement plongé dans une situation incompréhensible" (2), écrit le "psy" qui, pour une fois, s'allonge sur le divan. Le héros rencontre alors une femme, dont le regard impassible ne lui permettra pas de connaître ses véritables intentions. C'est ce regard de femme et le sentiment de culpabilité qu'il transmet à celui qui le croise qui provoqueront le déclic dans la tête de l'auteur.

Une fois le terrible secret mis à jour (on ne le révélera pas pour ne pas briser le suspense), Tisseron entreprendra alors de "recoller les morceaux" de sa personnalité blessée. Une entreprise longue et difficile où, là encore, le regard jouera un rôle déterminant. Car de la passionnante description de son expérience, l'auteur livre une autre "analyse", celles du rôle des images. Elles nous transportent, nous confortent, nous réconfortent, nous stimulent, nous terrifient…, détaille-t-il. Bref, "la relation que nous établissons avec les images est souvent comparée à celle du nouveau-né fasciné par le regard de sa mère", avance le psychanalyste. L'écran animé est une mère certes, mais que l'on choisit, précise-t-il. Et, sans négliger les dangers et la dépendance que télévision, jeux vidéos et Internet suscitent, Serge Tisseron (r)établit leurs fonctions psychiques essentielles.

(1) Serge Tisseron : Comment Hitchcok m'a guéri, que cherchons-nous dans les images ?, Albin Michel, 174 pages, 15€.
(2) Sur le réalisateur et sa façon de s'approprier les codes hollywoodiens pour mieux les détourner, lire le passionnant Hitchcock et l'aventure de Vertigo : l'invention à Hollywood, de Jean-Pierre Esquenazi, CNRS Editions, 237 pages, 18,29€.

photo : détail de la couverture (Albin Michel)

Par Matthieu DURAND le 05 octobre 2003 à 07:00
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