Les vaches suisses sont soupe au lait

Par D.S. avec AFP, le 10 octobre 2003 à 10h56 , mis à jour le 10 octobre 2003 à 12h19

Le retour à l'élevage dans la nature, porté par la vague du bio, a rendu du poil de la bête aux paisibles bovins helvètes. A tel point qu'ils en deviennent une menace pour les éleveurs et surtout pour les promeneurs du dimanche.

(Médiathèque Commission Européenne) © INTERNE

Ca devait arriver : l'insécurité a atteint les cimes alpines. Depuis plusieurs mois, des plaintes pour agressions, coups de pied, de tête ou de queue, pleuvent auprès des autorités helvètes. "Les temps ont changé", déplore Philippe Cossy. Autrefois, les vaches étaient mieux gardées, se lamente le conseiller au Service de prévention des accidents dans l'agriculture.

En cause : cette bonne vieille vache suisse qui tintinnabule, l'œil brillant, la robe fauve, dans les verts alpages. Ou plus exactement, la façon dont on les élève. Car, le croirez-vous, les Suisses ont eu l'idée complètement saugrenue de laisser paître les troupeaux dans les prés et, sans doute, de sevrer ces pauvres ruminants de farines animales.

Vaches enragées

"Forcément, la vache retrouve des instincts beaucoup plus proches de ceux des animaux sauvages", explique Philippe Cossy. "Son instinct de défense se redéveloppe, elle devient beaucoup plus méfiante et agressive avec tout ce qui est étranger, que ce soit l'homme ou les autres animaux", poursuit le spécialiste.

Pour lutter contre les excédents laitiers, les autorités encouragent les éleveurs à produire de la viande, ce qui les amène à laisser les veaux téter leur mère dans les prés. Mais il y a bien pire. Afin d'obtenir le label bio, les éleveurs abandonnent aussi l'insémination artificielle et laissent faire… la nature. C'est là que le taureau entre dans l'arène. Ne manquent plus que les toreros.

Psychologie bovine

En l'occurrence, le randonneur en vacances ou mieux le promeneur du dimanche tiré par son labrador font des candidats tout désignés au rodéo. "Il y a de plus en plus d'accidents", témoigne Philippe Cossy. "Typiquement, il s'agit de gens qui se promènent avec leur chien, car les chiens affolent le bétail et souvent la vache charge pour se défendre : on assiste alors à des mises à terre, à des piétinements".

Dans ce cas, la seule parade est de sacrifier l'ami canin. Car de l'homme ou du chien, la vache a fait son choix : c'est Médor qu'elle préfère et, lui, nous rassure Philippe Cossy, gagne souvent à la course. Mais le mal est plus sérieux qu'il y paraît. Et la vache ne fait plus rire. En 2001, 501 paysans suisses ont été victimes d'animaux divers, contre 240 l'année précédente. Le conseil de l'expert est de prendre l'animal craintif avec psychologie : "il faut être vu, leur parler doucement, éviter de courir et de faire des gestes brusques". Cette leçon vaut bien un fromage.

(Image Médiathèque de la Commission européenne)

Par D.S. avec AFP le 10 octobre 2003 à 10:56
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