© Manreo"Dans le Beaujolais, on produit plus d'eau polluée que de vin". Pour l'association écologiste Robin des Bois, la coupe est pleine. Elle a dénoncé mercredi les pratiques des viticulteurs et, plus particulièrement, de ceux qui produisent le plus célèbre des primeurs français.
Selon l'association, six rivières de la région "qui traversent les vignobles sont sinistrées par les pesticides". Chargé de mission à la Fédération de pêche du Rhône, Benoît Froment confirme à tf1.fr que les rivières du Beaujolais sont "complètement foutues", même si des espèces tel que le goujon résistent bien à la pollution.
Rivières "sinistrées"
A tel point qu'à Lucenay, l'Azergues et la Saône sont classées "parmi les rivières ne pouvant plus satisfaire à la production d'eau potable, même avec filtration", selon Robin des Bois. Par ailleurs, le soufre, utilisé "comme accélérateur de fermentation (…) est rejeté sous forme de dioxyde de soufre", notent les écologistes. "Combiné avec l'oxygène, il se dissout dans l'eau pour former de l'acide sulfurique". Enfin, la période des vendanges multiplie "par 3 à 5" les consommations d'eau et les rejets d'eau usées, à la suite du nettoyage des machines à vendanger et des cuves. Les stations d'épuration collectives, "sous-dimensionnées pour ces apports soudains et massifs, n'assurent alors plus aucun traitement", selon l'association.
Jacky Bonnemain, le porte-parole de Robin des bois, reconnaît toutefois que des efforts sont menés pour réduire les pollutions, notamment avec l'installation de dispositifs de lagunage. "Leur coût revient à moins d'un centime par bouteille", précise-t-il à tf1.fr. Problème : ces mesures touchent peu les "petits producteurs, qui assurent près de 50% de la production".
Efforts engagés
A l'Union interprofessionnelle des vins du Beaujolais (UIVB), Pierre Magnaud voit rouge. Ce viticulteur, en charge des questions d'environnement, conteste ces accusations. "Un programme de traitement des effluents vinicoles (eaux de rinçage des cuves, NDLR) a été mis en place depuis 1997" chez les viticulteurs possédant des cuves de plus de 1800 hectolitres. "En 2001, 98% de la pollution est traitée", assure-t-il à tf1.fr. Un second programme, concernant tous les autres cuvages (soit les deux tiers de la production du vignoble), est actuellement en cours. Quant au coût des lagunages, il s'approche, selon lui, davantage des 20 centimes d'euros par bouteille.
Concernant les résidus de pesticides répandus sur les vignes (les effluents viticoles) qui se retrouvent dans l'eau, par ruissellement ou infiltration, Pierre Magnaud admet que la lutte anti-pollution est plus délicate. Néanmoins, un réseau de surveillance des 12 rivières de la région, créé en partenariat avec l'Agence de l'eau, effectue des relevés mensuels. L'UIVB organise également des collectes d'emballages vides de produits phytosanitaires. Autant d'actions "concrètes" et "pionnières", selon Pierre Magnaud, qui dénonce un "coup de pub" réalisé par Robin des bois, à l'occasion du Beaujolais nouveau. La lutte contre la pollution mobilise l'ensemble des partenaires locaux, concède le pêcheur Benoît Froment. "Mais cela pourrait aller plus vite". Le débat n'est donc pas prêt de tarir.
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