Bébé pleure sans arrêt, que faire ?

Par Marie-Lucie VANLERBERGHE (Plurielles), le 20 novembre 2003 à 10h27 , mis à jour le 20 novembre 2003 à 10h53

Souvent difficiles à décoder, les cris du nourrisson peuvent engendrer une détresse parentale. L'hôpital parisien Robert Debré à Paris ouvre début 2004 la première consultation sur le sujet. Interview du pédiatre gastro-entérologue Marc Bellaiche.

bébé pleurs doudou pédiatrie (DR) © INTERNE

Qu’est-ce qui justifie l’ouverture d’une consultation sur les pleurs du nourrisson ?

Marc Bellaiche : Quand un enfant pleure de façon excessive, la mère le ressent comme l’expression de quelque chose de très péjoratif. En général, les parents commencent par changer de lait, puis regardent les fesses de bébé… et quand il continue de pleurer, ils se disent : "il n’a pas faim, il est propre… Donc il a mal". Les parents pensent que leur bébé souffre et ne supportent pas cette idée. Pour certains, c’est insoutenable. Une maman fatiguée supporte mal ce qu’elle assimile comme une plainte. Nous créons une consultation pour revaloriser la mère et qu’elle apprenne aussi à supporter les pleurs qu’elle n’arrive plus à contenir.

Que dites-vous à ces jeunes mamans ?

M. B. : Quand je demande aux mamans de se remémorer devant moi le premier moment où leur enfant a pleuré, j’obtiens souvent la réponse suivante : "je ne me souviens plus, il pleure tellement souvent…". Je rappelle alors que la première fois que leur bébé a pleuré, c’est quand il est né… et pour elles à ce moment-là, c’était un signe de vie, quelque chose de profondément positif.

Les jeunes mères ne sont-elles pas assez entourées et informées ?

M. B. : On a beaucoup parlé des personnes âgées cet été, mais l’individualisme familial est aussi vrai dans l’autre sens. Il y a peu, les jeunes mères étaient soutenues de leur propre mère. Aujourd’hui bien souvent, les grands parents sont absents. Soit ils vivent dans des maisons de retraite, soit ils travaillent encore, ou bien, jeunes retraités actifs, ils profitent de leur temps libre et de leurs cartes senior... Tout le monde est un peu débordé, et certaines jeunes mères se retrouvent seules face à la douleur de leur bébé. Les inquiétudes cumulées du père et de la mère se transforment en angoisses.

Pas facile d'être maman ?
Cliquez ici
pour découvrir
les conseils de Plurielles

Les pleurs excessifs sont-ils dû aux fameuses coliques du nourrisson ?

M. B. : Oui, souvent, même si ce terme est impropre. Ces douleurs dont on pense qu’il y a une participation colique (ce qui n’a encore jamais été prouvé) découlent d’un faisceau de paramètres. Il s’agit souvent d’un problème de transit, l’enfant se plie en deux, devient tout rouge, émet des gaz. C’est une version précoce de l’intestin irritable.

Que peut-on faire ?

M. B. : Il faut traiter la constipation, essayer d’éliminer l’air en le réchauffant par des massages, notamment une méthode que les anglo-saxons appellent le "handling". On allonge le bébé sur le bras en plaçant son ventre sur la paume de la main, et on imprime une pression au niveau de l’abdomen. La mère peut aussi allonger son bébé sur le ventre le long de sa cuisse lorsqu’elle est assise, ou le long de son bras lorsqu’elle marche : le balancement créé par la marche favorise le fonctionnement intestinal.
Par ailleurs, le travers classique consiste à redonner à manger au bébé. S’il a des sels et mouille sa couche, c’est qu’il a mangé normalement. En cas de pleurs excessifs, ne tentez surtout pas de lui redonner à manger. Evitez aussi de lui faire manger de grosses rations trop vite.

Qu’apporte de plus cette consultation par rapport à une visite classique chez le pédiatre ?

M. B. : Comme je l’expliquais, les parents ressentent les pleurs comme quelque chose de profondément négatif, ils stressent. Or un enfant qui sent ses parents stressés parvient moins facilement à se calmer. Les parents s’adressent généralement au pédiatre qui pratique une médecine de symptômes, et pas une médecine d’écoute. Le problème des coliques du nourrisson n’existe pas au Brésil par exemple. Notre curseur n’est pas le même en matière de tolérance aux pleurs.Le fait de recevoir les jeunes mères à l’hôpital est un service qu’elles ne trouvent pas ailleurs. Elles retrouvent un peu le sourire. C’est ce qui me donne envie de continuer à faire ça.

photo : DR

Par Marie-Lucie VANLERBERGHE (Plurielles) le 20 novembre 2003 à 10:27
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Sciences
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

      logAudience