En quinze ans, il a transmis des milliers de "clichés" spectaculaires. Ici, l'étoile V838 Monocerotis "dévoreuse de planètes". © NASA, ESA et H.E. Bond/STScIQue s’est-il donc passé autour de l’étoile V838 Monocerotis entre janvier et mars 2000 ? La question divise les astronomes, surtout après la publication dans The Monthly Notices of the Royal Astronomical Society d’un article annonçant que les trois prodigieux sursauts lumineux observés à cette période provenaient de l’engloutissement de trois planètes géantes par l’étoile située dans la constellation de la Licorne.
Excentricités stellaires
Ce scénario catastrophe est séduisant. Selon Alon Retter et Ariel Marom, astrophysiciens de l’Université de Sydney (Australie), les astronomes auraient eu l’immense chance de vivre "en direct" le moment où l’atmosphère de l’étoile a atteint une planète géante, conduisant à sa désintégration immédiate. Cet événement du 6 janvier 2000 a été suivi le 2 février et le 5 mars de deux autres flashes tout aussi impressionnants — 600.000 fois l’éclat du Soleil ! — que les deux astronomes australiens expliquent comme l’engloutissement de deux autres planètes.
Jusqu’ici, les chercheurs semblaient se satisfaire de l’idée que des échanges de matière entre les composantes d’une étoile double (1) étaient à l’origine des excentricités de V838 Mon. Des observations spectroscopiques révélaient même la présence d’une géante bleue (2) sur laquelle, d’une manière encore mal définie, on allait faire reposer toute la responsabilité du phénomène.
Théorie iconoclaste ?
A côté de ces résultats, la plupart des spécialistes jugent la nouvelle théorie bien fragile. Surtout parce qu’il y a autour de l’étoile une gigantesque quantité de gaz et de poussière, qui semble indiquer que la phase d’expansion de la géante rouge (3) a déjà eu lieu. Par conséquent, les éventuelles planètes auraient dû être avalées depuis longtemps. L’objection ne déstabilise pas Retter et Marom pour qui les différentes coquilles de gaz témoignent, non pas de la perte d’atmosphère de l’étoile, mais de l’engloutissement de planètes plus proches à des époques antérieures. Mieux, ils soulignent que pendant les trois sursauts observés début 2000, du lithium a été détecté dans le spectre lumineux. Ce fait pourrait sembler anodin sauf qu’aujourd’hui, les astrophysiciens interprètent la présence de cet élément dans l’enveloppe d’une étoile comme la preuve qu’elle a englouti une ou plusieurs planètes.Cliquez ici pour découvrir
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Sans nul doute, l’idée de l’engloutissement de planètes géantes par V838 Mon a-t-elle un côté iconoclaste. D’autant qu’elle ne permet pas d’expliquer de manière totalement convaincante ce qui a été observé. Mais en cela, elle ne se différencie guère des autres hypothèses qui font entrer en jeu une binaire (1) ou encore un nouveau type de géante rouge. Le mystère qui entoure la variable 838 de la Licorne n’est pas encore résolu (4).
(1) Etoile double ou binaire : deux étoiles liées gravitationnellement
(2) Géante bleue : étoile très massive en début de vie
(3) Géante rouge : étoile de type solaire en fin de vie ; elle s'est dilatée au point de multiplier son diamètre par 10 ou 100
(4) L'intégralité de cet article est disponible dans le numéro de novembre de Ciel & Espace
photo : V838 Monocerotis vue par le téléscope spatial Hubble le 28 octobre 2002 (NASA, ESA et H.E. Bond/STScI)
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