© INTERNEProfesseur des universités en biologie moléculaire à l'université de Caen, Gilles-Eric Séralini est expert en organismes génétiquement modifiés (OGM) et président du conseil scientifique du Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique (CRII-GEN). Dans son livre Génétiquement incorrect (1), il s'enthousiasme pour les nouvelles découvertes sur le génome mais dresse un bilan sévère des applications précipitées.
tf1.fr : Dans votre livre, vous vous attaquez au "génétiquement correct". De quoi s'agit-il ?
Gilles-Eric Séralini : Le génétiquement correct est la pensée réductrice qui veut faire croire que l’on peut facilement manipuler les gènes, pour vaincre les maladies ou donner aux plantes des fonctions bien prévisibles. Cette vision sert un quadruple pouvoir : technique, militaire, politique et économique. Or, les gènes vivent dans un écosystème que l'on connaît mal : ils fonctionnent en réseaux, peuvent se taire ou non, peuvent servir à de multiples rôles, leur fonction peut en cacher une autre, etc. C'est ce que j'appelle "l'écogénétique" ou l'écologie du gène.
tf1.fr : Vous réfutez l'argument qui fait des OGM la solution au problème de la faim dans le monde…
G.-E. S. : 99% des plantes génétiquement modifiées qui sont cultivées dans le monde servent à l'agriculture intensive en Amérique du Nord, en Argentine, au Canada et un peu (4%) en Chine. Elles ne permettent pas non plus globalement d'économiser les pesticides : 75% des OGM sont conçus pour pouvoir vivre en présence de désherbants, ce qui augmente le risque de contamination du bétail et des hommes par leurs résidus dans l'alimentation.
tf1.fr : Vous êtes tout aussi sévère avec la thérapie génique…
G.-E. S. : Beaucoup de maladies génétiques ou congénitales ne sont pas héréditaires ; quant aux cancers, 80% d'entre eux ont des causes environnementales. La thérapie génique n’est pas réellement efficace — un gène mal contrôlé au mauvais endroit et dans quelques cellules — et ne permettra d'apporter un traitement ciblé que pour un nombre infime de malades. Après 17 ans de financement, le concept n'est pas porteur. D'ailleurs, aucune spécialité de la médecine n'a aussi peu progressé avec autant de moyens à sa disposition. Avec les sommes recueillies par le Téléthon, on aurait pu éradiquer la misère dans nos pays et prévenir des millions de cancers chez les enfants.
tf1.fr : Que diriez-vous aux milliers de donneurs et de bénévoles qui se mobilisent pourtant à cette occasion ?
G.-E. S. : D'abord, j'éprouve à leur égard un sentiment de respect et de reconnaissance. Et je leur dirai : soyons plus exigeants, regardons mieux les stratégies de recherche au lieu de donner un chèque en blanc aux chercheurs et aux gros laboratoires. Il n'est jamais très bon de mettre tous ses œufs dans le même panier car si on se trompe, c'est à fond perdu. Il est bon d’avoir diversifié les approches avec la thérapie cellulaire. Continuons l’ouverture et le réalisme.
tf1.fr : Quelles sont vos solutions ?
G.-E. S. : Il faut diversifier les stratégies de traitement et surtout, mettre l'accent sur la prévention. L'environnement joue un rôle majeur dans le fonctionnement des gènes, il faut donc sensibiliser les gens aux risques de la pollution, élaborer de meilleurs capteurs de polluants, fabriquer des systèmes de transport plus performants… Plus généralement, il faut sans doute changer nos modes de vie.
(1) Gilles-Eric Séralini : Génétiquement incorrect, Flammarion, 322 pages, 19 €.
photo : détail de la couverture (Flammarion)
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