© INTERNEPierre Lasbordes est député UMP de l'Essonne et vice-président de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques. Son voeu, réconcilier chercheurs et pouvoirs publics.
tf1.fr : Comment analysez-vous la grogne des chercheurs du secteur public qui dénoncent notamment la baisse de leurs budgets ?
Pierre Lasbordes : Il y a visiblement un problème de confiance entre les pouvoirs publics et la communauté scientifique. C'est d'ailleurs assez paradoxal car le budget sous la forme de crédits de paiement est en forte augmentation. Mais le ressenti des directeurs de laboratoires n'est pas celui-là et il faut tenter de comprendre pourquoi. Car, malgré un peu d'agitation politique, je pense que les chercheurs sont de bonne foi. Plusieurs explications : les chercheurs sont inquiets après une année 2003 marquée par les gels ou les annulations de crédits ; l'affectation des crédits n'est pas encore arrivée ; enfin, une grande partie des budgets sont consacrés à des "appels à projets", qui ne concernent pas tous les laboratoires.
tf1.fr : Deuxième point d'inquiétude, le manque de personnels…
P. L. : 1.600 départs à la retraite dans la recherche publique vont être remplacés par 1.050 chercheurs titulaires et 550 CDD d'une durée de 3 à 5 ans. Pourquoi des CDD ? Parce que cela permet une plus grande réactivité par rapport à la concurrence. Il faut 15 à 18 ans pour remplacer un chercheur, c'est très lourd. D'où l'impression que l'on met en place des emplois précaires alors que l'on privilégie la réactivité.
tf1.fr : Comment faire accepter ces CDD aux jeunes chercheurs, qui ont parfois connu une expérience à l'étranger avec un meilleur salaire et davantage de moyens pour travailler ?
P. L. : C'est le challenge qui se pose aux jeunes qui sortent des grandes écoles. Ils ont le choix entre des boîtes françaises et des boîtes étrangères, dont les conditions de travail et le management sont très différents. Il y a aussi l'intérêt de travailler pour son pays. Reste que les salaires en France sont en effet très bas et il faut les revaloriser.
Par ailleurs, 3% du PIB doit être consacré à la recherche d'ici à 2010. C'est un engagement du président de la République et de l'Union européenne. Aujourd'hui, la France en est à 2,2%, dont 0,95% pour la recherche publique et 1,2% pour la recherche privée. On a une recherche de très grande qualité en France, les gens ne le savent pas assez, mais la recherche privée connaît un vrai retard : en y investissant plus, on créera davantage d'embauches pour les jeunes chercheurs. D'ailleurs, les chercheurs avec lesquels j'ai discutés ne veulent pas forcément d'un statut de fonctionnaire.
tf1.fr : Que faire pour convaincre les chercheurs qu'ils ne sont pas "abandonnés" par les pouvoirs publics ?
P. L. : Il faut développer une culture de la confiance et dialoguer. Mener en commun, au-delà des clivages politiques, une réflexion sur la place des chercheurs dans la société. En France, le diplôme de "docteur" n'est pas reconnu à son vrai niveau : les gens qui l'ont obtenu accèdent rarement à des postes de direction générale et ce n'est pas normal. Il faut aussi simplifier le travail des chercheurs et, pour cela, aménager en douceur nos grands organismes de recherche, ce qui n'est pas simple. Mais le monde a changé, le citoyen a changé, il veut savoir ce que l'on fait de l'argent public. Nous avons des chercheurs de très haut niveau, il ne faut pas les décourager.
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