"Sans les corps, le deuil est difficile"

Par Matthieu DURAND, le 05 janvier 2004 à 17h59 , mis à jour le 07 janvier 2004 à 15h31

La psychologue Dominique Demesse accompagne mercredi en Egypte les proches des victimes de l'accident du charter. Membre d'une cellule d'aide psychologique, elle explique à tf1.fr l'importance d'écouter et de faire parler "ceux qui restent".

crash egypte charm el cheikh roissy © INTERNE

Afin de rendre hommage aux victimes de l'avion qui s'est écrasé au large de Charm el-Cheikh et d'aider leurs proches à faire leur "travail de deuil", un voyage sur le site de l'accident est organisé mercredi à l'attention de ces derniers. Ils sont accompagnés et soutenus par plusieurs membres de la cellule d'urgence médico-psychologique des Hôpitaux de Paris. Parmi eux, Dominique Demesse, psychologue au sein du service de psychiatrie de l'hôpital Saint-Antoine.

tf1.fr : En quoi consiste votre intervention ?

Dominique Demesse : Nous rencontrons tous les proches des victimes au moins une fois, s'ils le souhaitent, bien sûr. Nous avons parlé avec les parents et amis qui s'étaient rendus à Roissy dès l'annonce du drame puis nous avons joint par téléphone tous les autres, à partir de la liste des victimes. Notre objectif : identifier les personnes les plus fragiles, celles chez qui pourrait se déclencher un traumatisme.

tf1.fr : Que dites-vous aux personnes frappées par un tel drame ?

D. D. : Lors d'entretiens individuels ou collectifs, nous tentons de leur faire exprimer les émotions qu'elles ressentent. Et nous leur expliquons que le travail de deuil est quelque chose de normal mais qui prend du temps, plusieurs mois selon les individus. Dans le cas présent, ce travail de deuil est très difficile car les corps n'ont pas été retrouvés. D'où l'importance d'aller sur place afin que les gens puissent s'imaginer ce qui s'est passé et voir les recherches qui sont effectuées.

tf1.fr : Sur place, les personnes seront confrontées à un environnement très touristique, peu propice au recueillement…

D. D. : Les cérémonies se dérouleront dans différents endroits, notamment à l'hôtel d'où étaient partis les passagers de l'avion. Tout sera fait avec beaucoup de sérieux sans pour autant contraindre tout l'environnement.

tf1.fr : Quels genres de séquelles psychologiques la catastrophe laissera-t-elle chez les proches ?

D. D. : Tout dépend de la vie de chaque individu, de son degré de proximité à la victime, de son rapport à la mort, de ses éventuels antécédents en matière de troubles psychologiques… Un drame tel que celui-ci peut faire rejaillir d'anciens traumatismes ou provoquer une dépression. Nous proposerons aux personnes les plus fragiles de consulter un spécialiste qui leur proposera éventuellement un traitement mais nous ne voulons pas systématiser le recours aux antidépresseurs et aux anxiolytiques. Chaque cas doit être traité à part.

tf1.fr : Et pour les psychologues exposés à tant de souffrances, un suivi est-il aussi prévu ?

D. D. : Nous aussi, après nos interventions, nous avons des débriefings avec des collègues qui n'ont pas participé aux entretiens. Mais, dans notre cas, c'est plus facile à gérer car nous savons qu'il est important de parler de ce que nous avons ressenti.

photo : des proches des victimes prises en charge à Roissy (TF1)

Par Matthieu DURAND le 05 janvier 2004 à 17:59
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