Traquer le crime grâce au ciel

Par Emilie MARTIN, le 30 janvier 2004 à 07h00 , mis à jour le 25 mai 2004 à 09h48

Les astronomes sont régulièrement sollicités par la justice française pour déterminer la position du Soleil et de la Lune les jours où des crimes ont été commis. Enquête de la revue Ciel & Espace.

La Lune tape indispensable pour cette nouvelle conqute spatiale © Manreo

Un astronome qui témoigne dans une affaire criminelle? Le tableau peut sembler cocasse. Il est pourtant loin d’être ridicule. Car la course du Soleil dans le ciel est un puissant indicateur de temps. Année après année, il dessine, selon la saison, les mêmes ombres sur la Terre. Après un brin de calcul, les astronomes sont donc capables de dater un document photographique, parfois à la seconde près. Autre corde à l’arc des astronomes : l’établissement des éphémérides. Connaître les horaires de lever et de coucher du Soleil et de la Lune peut s’avérer essentiel pour déterminer les conditions d’éclairage entourant une scène de crime.

C’est pourquoi, depuis plus de trois siècles, la justice française fait régulièrement appel aux services de l’Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides (IMCCE) pour apporter une pièce supplémentaire à certains puzzles judiciaires. La Lune était-elle pleine ou bien faisait-il nuit noire lorsque M. X a assassiné M. Y dans le parc avec le chandelier ? Voilà le genre de renseignement dont un enquêteur peut avoir besoin pour savoir si M. Z, posté à 50m de là (et myope !) a réellement pu, comme il l’affirme, identifier l’assassin. "Tout récemment, nous avons mis en doute plusieurs témoignages dans une affaire d’homicide grâce aux renseignements astronomiques, raconte Eric Volle, officier de police judiciaire au SRPJ de Versailles. En la matière, l’IMCCE a caractère officiel. Au tribunal, les éléments que les astronomes fournissent sont indiscutables."

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Il y a plus de dix ans, l’institut a été saisi dans le cadre du très médiatique procès en révision de Guillaume Seznec, ce Breton condamné au bagne à perpétuité en 1923 pour avoir assassiné son compagnon de route. Mme Bergeal, ex-responsable du service aujourd’hui à la retraite, se souvient d’avoir calculé la position de la Lune pour l’heure et le lieu de l’assassinat présumé. Et ce n’est pas tout : "Nous avons très souvent besoin des astronomes pour reproduire à l’identique les conditions d’éclairage de la scène du crime", explique Eric Volle. Exemple : si un meurtre a été commis vers 18h en décembre un soir de pleine lune, quel jour et à quelle heure faut-il le mettre en scène en plein mois de juin pour profiter de la position identique de la Lune et du Soleil ?

Bien entendu, nos Columbo de l’astronomie sont aussi dépêchés sur des affaires bien moins… palpitantes. Ainsi les assurances s’en remettent souvent à leur talent pour confondre les tricheurs. "Les photos ou les témoignages que les assurances nous adressent pour vérification sont presque toujours faux, constate Jean Eudes Arlot, ex-directeur de l'IMCCE. Les gens sont loin d’imaginer qu’un astronome va déceler leur fraude…" Soyez donc prévenus : si vous êtes responsables d’un accident, ne prétendez pas avoir été éblouis par le Soleil alors que celui ­ci n’était pas encore levé ! Rien n’échappe aux redoutables "agents célestes"…

Retrouvez l’enquête complète dans le numéro de février du magazine Ciel & Espace.

photo : archives TF1

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Par Emilie MARTIN le 30 janvier 2004 à 07:00
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