© INTERNEL’Agence française de sécurité sanitaire et alimentaire des aliments (Afssa) a publié mercredi un avis déconseillant la collation du matin à l’école. Cet encas avait été institué en 1954 par Pierre-Mendès France sous forme de verre de lait, pour combattre le déficit en calcium des élèves. Aujourd’hui la collation — composée de biscuits essentiellement — est distribuée aux élèves de maternelle âgés de 3 à 6 ans.
A la suite de cette publication, Xavier Darcos, le ministre délégué à l’enseignement scolaire, a décidé de consulter recteurs, enseignants et élèves sur ce sujet. Il a précisé qu’il "n’était pas question d’interdire une telle collation pour le moment" et que "toute décision éventuelle dépendrait des résultats de la concertation et de la position à ce propos des partenaires".
Cet avis de l’Afssa avait été commandé par la direction générale de la Santé suite au rapport des experts du comité de nutrition de la Société française de pédiatrie qui souhaitaient la suppression de la collation. Patrick Tounian, professeur de pédiatrie spécialisé en nutrition à l’hôpital pour enfants Armand-Trousseau à Paris, nous explique pourquoi la collation en milieu scolaire est un apport alimentaire inadapté et superflu.
tf1.fr : Pourquoi la collation est-elle "obsolète" ?
Patrick Tounian : La raison initiale de la collation — un déficit calcique — n’est plus de mise aujourd’hui. De récentes enquêtes montrent que les apports en calcium des enfants de la tranche d’âge 4-6 ans sont supérieurs aux apports nutritionnels conseillés. Ils sont en revanche insuffisants chez l’adolescent.
tf1.fr : Comment la collation favorise-t-elle l’obésité infantile ?
P. T. : Sachant que leur enfant reçoit une collation à son arrivée à l’école, certains parents ne lui donnent plus, faute de temps, de petit déjeuner le matin. Pendant la durée de la maternelle, l’enfant ne mange plus chez lui le matin. En primaire, bien souvent la collation s’arrête, et l’enfant a perdu l’habitude de petit-déjeuner. Si l’enfant ne mange pas de petit déjeuner avant de partir à l’école, il va être obligé de se rattraper plus tard. Et le fait de déplacer cet apport énergétique peut contribuer au développement de l’obésité, car il faut savoir que le rendement énergétique d’un repas est d’autant plus important qu’il n’est pas suivi d’un exercice physique : l’enfant n’aura pas le temps de brûler les calories entre les deux repas.
tf1.fr : Quelles sont ses conséquences sur l’alimentation quotidienne ?
P. T. : Elle la déséquilibre. Les enfants prennent leur collation dans le meilleur des cas vers 8 heures, mais le plus souvent vers 10 heures. A midi, pour le déjeuner, ils n’ont plus faim. Et ils vont se rattraper lors du goûter ou du dîner. L’enfant s’habitue à prendre un goûter copieux, et donc calorique. Le souci de pallier l’insuffisance des apports matinaux aboutit non seulement à déséquilibrer l’alimentation, mais aussi à modifier les rythmes alimentaires des écoliers.
tf1.fr : Existe-t-il d’autres effets néfastes de la collation ?
P. T. : Oui, un risque accru de caries ! On sait que pour les combattre, il faut deux brossages, un matin après le petit déjeuner et un le soir avant de se coucher. Les enfants qui prennent cette collation ne se brossent pas les dents après et donc perdent le bénéfice du brossage du matin. Il y a un effet cariogène.
tf1.fr : Quelles seraient les solutions de rechange ?
P. T. : Il faudrait juste distribuer un petit déjeuner aux enfants qui n’en auraient pas pris un chez eux. Mais cela dès leur arrivée à l’école. Si les parents ou le gouvernement s’opposent à l’arrêt de la collation, il faudrait la proposer le plus tôt possible. Cela serait bien également de remplacer les gâteaux par des fruits. Enfin, il faudrait développer l’éducation alimentaire pour combattre, entre autres, l’obésité.
photo : archive TF1
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