Le Comité d'éthique opposé aux greffes du visage

Par M. D. avec AFP, le 02 mars 2004 à 14h22 , mis à jour le 02 mars 2004 à 14h30

Le Comité consultatif national d'éthique s'est déclaré mardi opposé aux greffes de visage dans l'état actuel des connaissances. Ces interventions sont pourtant techniquement possibles.

Chirurgiens en salle d'opération (format vidéo) © Plurielles

Le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) s'est dit mardi opposé aux greffes du visage sans "recherches plus complètes" et "tant qu'on ne dispose pas d'éléments permettant d'apprécier de façon précise les risques qui accompagnent ce genre de greffes".

Une greffe de tissu composite (comprenant plusieurs tissus différents, lire l'encadré ci-dessous) du visage entier "n'a actuellement pas beaucoup de sens, la question ne se pose d'ailleurs pas médicalement ou techniquement", selon le Comité. Quant à une greffe partielle reconstituant par exemple le triangle bouche-nez, elle "relève encore du domaine de la recherche et de l'expérimentation à haut risque", pour le CCNE. "Elle ne saurait être présentée comme une solution prochaine, accessible et idéale pour les douloureux problèmes des altérations du visage". Dans l'hypothèse même "où surgirait la possibilité d'une telle greffe, l'idée même du consentement informé du patient est illusoire", a estimé le CCNE, soulignant que "l'échec peut être une aggravation de la situation" du patient.

Technique et éthique

Ce type d'intervention est toutefois jugée techniquement possible, notamment depuis "la première transplantation de main, en 1998", comme le rappelle mardi dans Libération le professeur Laurent Lantiéri, chef de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique de l'hôpital Henri-Mondor à Créteil. Des "réimplantations complètes de visage" ont déjà été réalisées en Inde et aux Etats-Unis, précise le chirurgien, qui a saisi en 2002 le CCNE sur cette question. Son équipe s'entraîne d'ailleurs à effectuer de telles opérations "sur des cadavres depuis plusieurs mois" sans avoir rencontré de "problème particulier".

Reste que "ces transplantations soulèvent des questions éthiques importantes", reconnaît le spécialiste. En outre, la personne greffée doit être traitée à vie par des immunosuppresseurs (1) et peut subir des effets secondaires "sévères". En cas de complication, indique le professeur Lantiéri, une "détransplantation" n'est pas possible "au niveau du visage". L'impact psychologique est également à prendre en compte.

10 à 15 nouveaux cas par an

La transplantation faciale consiste à prélever sur un donneur des éléments au niveau de la face : non seulement la peau, mais aussi le tissu sous-cutané, des muscles, des nerfs, des artères, voire de l'os. D'où l'expression de greffe "composite". Elle s'adresserait à ceux dont le visage ne pourrait être réparé à l'aide d'éléments pris sur leur propre corps (auto-transplantation) : certains accidentés de la route carbonisés dans leur voiture, personnes ayant perdu la partie médiane du visage (nez, bouche, mâchoire) lors d'un tir d'arme à feu… Selon le professeur Lantiéri, actuellement en France, il y a "au moins 10 à 15 nouveaux cas [patients concernés] par an".

(1) Médicaments qui diminuent les défenses naturelles de l'organisme

photo : DR

Par M. D. avec AFP le 02 mars 2004 à 14:22
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