Dépression, la fin d'un tabou

Par Matthieu DURAND, le 18 mars 2004 à 07h00 , mis à jour le 30 mars 2004 à 11h51

Longtemps considérés comme des "anormaux", les dépressifs sont désormais reconnus comme des malades. Une évolution, favorisée par les médias et l'essor des antidépresseurs. Premier volet d'une enquête de tf1.fr et Plurielles.

homme triste soucieux stress mélancolie réflexion concentration (DR) © INTERNE

"Je suis l'esclave d'une chose indéfinissable qui est en train de me détruire". C'est en ces quelques mots que le journaliste Philippe Labro évoque la dépression dont il a été victime pendant près de deux ans (1). Une confession publique qui illustre à quel point la dépression n'est plus vécue comme une tare. "La plupart de nos patients parlent de leur dépression sans culpabilité", confirme à tf1.fr le professeur Maurice Ferreri, qui dirige le service de psychiatrie à l'hôpital parisien Saint-Antoine (2). Exception notable : les cadres supérieurs, qui baignent dans le culte de la performance et rechignent à reconnaître ouvertement leur mal-être. "La dépression a longtemps été liée à un manque de volonté (3), poursuit le spécialiste. Mais cette idée tend à disparaître depuis trois-quatre ans".

A l'origine de cette évolution des mentalités, le professeur Ferreri cite l'impact des médias, télévision et magazines en tête, qui ont consacré de nombreux dossiers à la dépression, contribuant à la rendre acceptable au sein de l'opinion publique. Et d'évoquer également les témoignages des célébrités qui n'ont pas hésité à révéler leur mal intérieur, tels Philippe Labro donc, le chanteur Renaud ou le producteur de cinéma Claude Berri.

Moins de "folie"

"Certains médecins se sont mis aussi à écouter les dépressifs différemment", assure Maurice Ferreri. "La psychiatrie s'est beaucoup améliorée, note-t-il. Longtemps confinés dans des institutions spécialisées ou dans des asiles, les services psychiatriques sont désormais accessibles dans les hôpitaux généraux, à côté des services de chirurgie ou ORL. Bref, l'image de la psychiatrie est devenue moins folle".

L'essor des antidépresseurs, dont les effets secondaires sont de moins en moins importants, a également contribué à la banalisation de la maladie, selon Juan-David Nasio, psychanalyste et psychiatre de formation (4). Le professeur Ferreri souligne que "70% des prescriptions d'antidépresseurs sont le fait des généralistes". Lesquels n'ont d'ailleurs pas toujours la formation pour détecter les cas de "vraies dépressions".

Contagion

C'est ainsi que beaucoup de gens qui se disent dépressifs ne le sont pas, constatent de concert le psychanalyste et le psychiatre. "Les gens se servent de la dépression pour cacher des crises plus graves, avec hallucination ou violence, indique le docteur Nasio à tf1.fr. Ils pensent qu'être dépressif est plus acceptable qu'être obsessionnel, ce qui n'est pas notre point de vue". D'où la difficulté à leur faire accepter qu'ils souffrent d'une autre maladie, appuie Maurice Ferreri. Curieux retournement de situation : de maladie honteuse, la dépression est devenue contagieuse…

(1) Philippe Labro : Tomber sept fois, se relever huit, Albin Michel.
(2) Maurice Ferreri et Philippe Nuss : La dépression, guide à l'usage des patients et de leur entourage, Bash Editions médicales.
(3) La revue L'Histoire a consacré en mars un dossier sur la dépression, "le mal de vivre depuis 3000 ans".

(3) Juan-David Nasio : Un psychanalyste sur le divan, Payot.

photo : DR

Par Matthieu DURAND le 18 mars 2004 à 07:00
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