© INTERNE"Il y a deux ans, j'ai commencé à me sentir mal", raconte à tf1.fr Aline (1), une Lyonnaise de 34 ans, mariée et mère d'une fille de trois ans. Elle souffre alors d'un sentiment d'enfermement, de pertes de connaissances et de vertiges. "Bientôt, je n'ai plus eu de désir, ni d'émotions, ajoute-t-elle. Un psychiatre m'a confirmé que j'étais dépressive. J'ai alors compris que je ne me remettais pas du suicide de mon père, qui était lui-même dépressif". Le témoignage d'Aline illustre l'existence d'une prédisposition à la dépression. Son impact n'est toutefois pas le même en fonction du type de dépression et des individus concernés.
Vulnérabilité génétique
Selon Bruno Giros, directeur de recherche au CNRS et responsable du laboratoire "Neurobiologie et psychiatrie" à l'Inserm, "dans le cas du trouble bipolaire (2), le risque d'être malade est 10% plus important chez une personne ayant un apparenté au premier degré — père, mère, frère ou sœur — qui est lui-même malade". Un risque qui grimpe même à 60% pour des jumeaux monozygotes (3). "Dans le cas de la dépression majeure (ou unipolaire), ce terrain génétique existe également, précise le chercheur, mais le risque est moins élevé que pour le trouble bipolaire."
Reste qu'il n'y a "pas de gène de la dépression, ni de toute autre maladie psychiatrique, d'ailleurs", souligne Bruno Giros. "Les gènes ne transmettent pas la dépression", confirme Philippe Fossati, chercheur au laboratoire "Vulnérabilité, adaptation et psychopathologie" (CNRS). "Ils transmettent des facteurs de vulnérabilité à la dépression".
Tout est dans la tête
La région du cerveau appelée cortex préfrontal dorso-médian permet de dresser une "carte d'identité émotionnelle" de chaque individu, explique Philippe Fossati. Or, chez les dépressifs, l'activité de cette zone cérébrale est particulière. "Tout se passe comme si les dépressifs s'étaient spécialisés dans le traitement des émotions négatives", commente le scientifique. L'IRM (imagerie par résonance magnétique) permet ainsi de différencier les sujets dépressifs des sujets normaux, selon Philippe Fossati. Son équipe vérifie actuellement "ce qui va se passer dans le cerveau des dépressifs" après un traitement médical : vont-ils garder leur spécificité cérébrale ? Si c'était le cas, "on pourrait donc prédire les risques de rechute ou de vulnérabilité à la dépression chez certains individus", avance le spécialiste.
Toutefois, chercher une prédisposition dans les gènes ou le cerveau ne doit pas faire oublier le rôle joué par l'environnement dans l'apparition de la dépression. Comme le rappelle Bruno Giros, "le passage vers la maladie peut être également favorisé, ou au contraire protégé, par une naissance à risque (prématurité importante, complications obstétriques…), un virus ou encore les relations psychologiques avec autrui".
Et, quelle qu'en soit la cause, la dépression n'est pas une fatalité. "Ma psychothérapie m'a incité à me poser des questions sur moi, sur qui je suis vraiment, ce que je fais et ce que les autres voudraient que je sois, déclare Aline qui devrait arrêter prochainement les antidépresseurs. J'ai compris que chacun de nous a sa propre histoire et que je n'étais pas obligée de suivre l'exemple de mon père".
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(1) Le prénom a été changé afin de garantir l'anonymat du témoin.
(2) Une personne atteinte de trouble bipolaire — également appelé maniaco-dépression ou trouble affectif bipolaire — vit une succession de cycles d'euphorie et de dépression.
(3) Jumeaux de même sexe et aux chromosomes identiques, issus d'un même ovule fécondé par un seul spermatozoïde, à l'inverse des jumeaux disygotes, aux chromosomes différents et issus de deux ovules fécondés par deux spermatozoïdes.
photo : DR
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