Pas de films sans fumée ?

Par Matthieu DURAND, le 15 mars 2004 à 07h00 , mis à jour le 15 mars 2004 à 10h04

Des experts de la santé dénoncent la présence trop importante de fumeurs dans les films hollywoodiens. Le phénomène est également constaté en France mais les preuves d'accord entre producteurs et cigarettiers sont rares.

sandrine bonnaire cigarette tabac confidences trop intimes Mars Productions © INTERNE

Hollywood fait le jeu des cigarettiers. Entre 1998 et 2002, 80% des films américains ont montré des images de fumeurs, indique une étude conduite par des chercheurs de l'Université de Californie à San Francisco, réalisée sur 775 films américains. "Alors que des centaines de milliers de jeunes ont commencé à fumer parce qu'ils ont vu des fumeurs sur le grand écran, cette étude démontre qu'il n'y a aucune réaction de la part de l'industrie cinématographique", a regretté Stanton Glantz, l'un de ses auteurs.

Les studios Time Warner, Disney et Sony sont ainsi responsables de 56% de la totalité des images montrant du tabac regardées par les enfants entre 6 et 11 ans et les adolescents entre 12 et 17. "Durant les cinq dernières années, 88% des films de Disney déconseillés aux moins de 13 ans incluaient des images de tabagisme", pointe l'étude.

Impuissance

Il n'y a pas qu'Arnold Schwarzenegger ou Bruce Willis qui s'affiche à l'écran avec un cigare ou une blonde aux lèvres. Une enquête, publiée en 2003 dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire, s'est intéressée à la "valorisation du tabac" (personnes qui fument, marques de cigarettes apparentes…) dans 200 "films à grands succès", français ou non, diffusés en France entre 1982 et 2001. En moyenne, un film de 120 minutes consacre 4,32 secondes à un événement lié au tabac. "Loin d'être insignifiante, la présence du tabac au cinéma persiste", soulignent les auteurs.

Le phénomène est particulièrement marqué depuis un an dans la production française, estime Serge Karsenty, sociologue au CNRS, à Nantes. "Une impression personnelle davantage qu'une mesure scientifique", précise-t-il. Et de citer l'omniprésence du tabac dans Pas sur la bouche d'Alain Resnais, Demain, on déménage de Chantal Ackerman ou Confidences trop intimes de Patrice Leconte. "Dans Les Sentiments (de Noémie Lvovsky, NDLR), il y a quatre personnages principaux — deux médecins et deux femmes — et tous fument constamment. C'est particulièrement choquant, surtout lorsqu'il s'agit de professions médicales", indique le sociologue à tf1.fr.

Bref, on fume davantage dans les films que dans la vraie vie. "C'est préoccupant mais nous sommes impuissants", reconnaît Nicolas Villain, directeur adjoint du Comité national contre le tabagisme (CNCT). "Nous n'avons pas de preuves que les fabricants de cigarettes financent les films mettant en scène des fumeurs, juste des suppositions", ajoute-t-il. Des suppositions qui s'appuient tout de même sur l'existence d'un document, daté de 1983. Lequel prouve que Sylvester Stallone s'est engagé à promouvoir les produits du cigarettier Brown & Williamson en échange de 500.000 dollars.

photo : Sandrine Bonnaire dans Confidences trop intimes (Mars productions)

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Par Matthieu DURAND le 15 mars 2004 à 07:00
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