"Pour guérir la dépression, cherchez la haine"

Par Matthieu DURAND, le 07 octobre 2004 à 07h00 , mis à jour le 07 octobre 2004 à 11h09

En cette journée mondiale de la dépression, le psychanalyste Juan-David Nasio définit pour tf1.fr le dépressif du point de vue de "la vie intérieure". Le patient est une personne narcissique et habitée par la haine.

juan david nasio psychanalyste psychiatre DR : Payot © INTERNE

A l'occasion de la Journée mondiale de la dépression, qui se tient ce jeudi, tf1.fr vous propose une interview de Juan-David Nasio, psychanalyste à Paris (1), qui avait été interviewé en avril dernier.

tf1.fr : Qu'est-ce qu'un dépressif du point de vue du psychanalyste ?

Juan-David Nasio : Hormis les manifestations classiques de la dépression — la tristesse, l'insomnie, l'apathie… —, le sujet dépressif est constamment préoccupé de lui-même et se dévalorise constamment. Il s'agit d'un "narcissisme au négatif".

tf1.fr : Quelle en est la cause ?

J.-D. N. : Ce narcissisme au négatif vient de l'enfance ou de la puberté. Toute émotion, tout sentiment qu'éprouve un adulte est toujours la répétition d'une émotion ancienne. Ce n'est pas Freud qui le dit mais Darwin. Le dépressif est quelqu'un qui a subi une perte douloureuse. Il a le sentiment d'avoir été privé de quelque chose, un objet — une maison qui a été inondée, par exemple —, un animal ou un être humain qu'il aimait. Cela peut aussi être un objet "virtuel" : un idéal, une illusion…
La perte est brutale, intempestive et surtout irrésolue ; elle n'a pas de substitut. Le dépressif était si attaché à cet objet, réel ou pas, que l'ayant perdu, il se déstabilise. Cette perte peut être actuelle ou cela peut être le retour au présent d'une expérience pénible. A tel point que le malade ne comprend pas ce qui lui arrive. Le phénomène lui semble inexplicable.

tf1.fr : Comment guérir un dépressif ?


 
J.-D. N. : Il faut toujours chercher la haine qui l'habite. Le dépressif qui perd quelque chose en vient à reprocher à l'objet lui-même de ne plus être là. Il développe également une grande hostilité, un mépris de soi — d'où les idées suicidaires — puis des autres. C'est pour cela qu'il ne faut jamais consoler ou réconforter un dépressif sinon il a l'impression que l'on ne le comprend pas. La bonne attitude thérapeutique consiste à lui faire prendre conscience de cette rage et à la lui faire verbaliser.

tf1.fr : Concrètement, que conseillez-vous à une personne qui sent dépressive ?

J.-D. N. : D'abord, de ne pas se précipiter à se dire dépressive. Si elle a bien tous les symptômes, alors qu'elle en parle à son ou sa partenaire et à ses proches. Si les symptômes se maintiennent pendant au moins deux semaines et de manière constante, il faut qu'elle consulte soit un psychiatre, qui pourra lui prescrire des médicaments, soit un psychanalyste, avec lequel elle approfondira l'origine de son mal.

photo : Juan-David Nasio (éditions Payot)

(1) Dernier ouvrage paru : Un psychanalyste sur le divan, éditions Payot.

Par Matthieu DURAND le 07 octobre 2004 à 07:00
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