© INTERNEChercheur au CNRS et à l'Inserm, où il dirige l'unité "Neurobiologie et psychiatrie", Bruno Giros avait fait part à tf1.fr de son amertume et de sa colère en janvier dernier. Il a signé la pétition du collectif "Sauvons la recherche", comme près de 62.000 de ses confrères, et fait partie des directeurs de laboratoire qui ont menacé de démissionner mardi si le gouvernement ne répond pas favorablement aux revendications du collectif.
tf1.fr : Allez-vous démissionner mardi ?
Bruno Giros : Aux dernières informations (lundi à 17h, NDLR), il n'y a pas eu d'avancée dans les négociations. Tous les directeurs de laboratoire signataires de la pétition doivent se réunir à l'Hôtel de Ville de Paris mardi de midi à 14h. Nous annoncerons alors si nous démissionnerons ou pas.
tf1.fr : Cette réunion se tient-elle à l'invitation du maire de Paris ?
B. G. : Non, pas du tout. Au départ, nous souhaitions nous réunir à la Sorbonne mais nous n'avons pas obtenu les autorisations nécessaires. Il nous fallait une salle suffisamment grande pour accueillir tout le monde et l'Hôtel de Ville en possède une (1). Ce n'est pas une action politique. Raffarin a mis la tête sous l'eau à un noyé qui ne se portait déjà pas bien mais il a été maladroit.
tf1.fr : Quel est votre état d'esprit ?
B. G. : Cette décision (de démissionner, NDLR) est très lourde à prendre et très douloureuse car, même s'il s'agit d'une démission "administrative", elle prête à conséquence. Paralyser l'appareil de recherche, c'est l'objectif de notre action. Dans mon laboratoire, je suis signataire de toutes les commandes : elles ne pourront plus se faire. Les locaux sont également sous ma responsabilité : si un accident se produisait, il pourrait même y avoir un risque pour les personnels.
tf1.fr : Avez-vous fait l'objet de pressions pour ne pas démissionner ?
B. G. : Pas vraiment. Le directeur de l'Inserm (Christian Bréchot, NDLR) est dans son rôle lorsqu'il indique qu'il n'est pas utile de démissionner. D'ailleurs, je crois qu'il n'acceptera aucune démission — statutairement, les directeurs de laboratoire de l'Inserm sont nommés par le directeur. Mais nous sommes déterminés à aller jusqu'au bout.
tf1.fr : Qu'est-ce qui empêcherait les directeurs signataires de démissionner ?B. G. : Si le gouvernement annonçait la création de 550 postes en CDI, le collectif n'aurait plus de raison d'être. Mais, selon moi, ces 550 postes ne sont pas importants maintenant. Ce qui est important, c'est de créer une dynamique positive en faveur de la recherche et qui soit créatrice d'emplois. Si l'on veut atteindre l'objectif européen des 3% du PIB consacrés à la recherche, il y a actuellement un déficit de 700.000 chercheurs en Europe. Il faut rappeler que 400.000 chercheurs européens travaillent aux Etats-Unis dont près de 50.000 Français.
Cette dynamique positive passe par l'augmentation des moyens. En échange, nous les chercheurs, devons être prêts à accepter des contreparties. La fonctionnarisation est une bonne chose mais en même temps, il ne faut pas s'y agripper. Il est évident qu'il ne faut pas jeter à la rue les chercheurs après 45 ans. Il faut leur proposer autre chose, pourquoi pas dans l'enseignement ou dans des postes différents. Quant à la recherche fondamentale, c'est un peu un cloaque car on ne sait pas d'où va venir la découverte importante mais c'est un chaos nécessaire. Aux Etats-Unis aussi, il y a un gâchis extraordinaire, cela a toujours été comme cela.
Les Assises nationales de la recherche seront l'occasion de parler de tout ça et aussi du fonctionnement des organismes de recherche. Il faut peut-être un peu moins de chercheurs mais qui soient plus opérationnels.
(1) Bertrand Delanoë (PS) a expliqué lundi qu'il avait souhaité accueillir à la mairie de Paris la réunion mardi des responsables de la recherche française car "le monde scientifique a plus que jamais besoin" de la "solidarité" des élus. C'est dans un salon de l'Hôtel de Ville que se tiendra l'assemblée générale des directeurs de laboratoires de recherche, appelés par le collectif "Sauvons la recherche" à démissionner de leurs responsabilités administratives. Les participants ne seront cependant pas accueillis par le maire de Paris. Mais ce dernier devrait se joindre à la manifestation qui suivra dans l'après-midi.
photo : manifestation de chercheurs le 7 mars dernier
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