© INTERNEPatrick Allard est directeur de recherche au CNRS (1) et représentant du collectif "Sauvons la recherche" pour la région Ile-de-France Sud. Pour tf1.fr, il commente le remaniement ministériel et annonce les prochaines actions des chercheurs en colère.
tf1.fr : Quelle est votre réaction au départ de Claudie Haigneré du ministère de la Recherche ?
Patrick Allard : c'est plutôt une bonne chose. Depuis début janvier, nous avons plusieurs contacts avec la ministre ou son cabinet : nos rapports étaient très cordiaux mais extrêmement creux. Jamais nous n'avons obtenu de réponses à nos questions. Claudie Haigneré comprenait très bien nos revendications et elle partageait une partie de nos analyses mais elle nous a fait comprendre qu'elle n'avait pas le pouvoir de prendre des décisions. Les consignes gouvernementales étaient pour elle des limites infranchissables.
tf1.fr : Pensez-vous que son remplacement par François d'Aubert, qui était déjà secrétaire d'Etat à la recherche de 1995 à 1997, changera cette situation ?
P. A. : On ne met pas en doute les capacités, ni l'ouverture d'esprit de Fillon (ministre de l'Education nationale, NDLR) et d'Aubert mais on ne voit pas comment la même équipe va mettre en place une politique différente. Devant nos demandes, Jean-Pierre Raffarin nous a à chaque fois renvoyé à nos études : il a accordé 1,5 milliard d'euros aux restaurateurs mais il refuse d'engager 40 millions d'euros pour l'emploi dans la recherche… Nous allons donc rester tenaces sur nos revendications de postes. Les médias parlent beaucoup des 550 postes en CDI que nous réclamons pour les établissements publics mais aucun poste n' a été créé dans les universités qui accueillent pourtant le plus gros des bataillons de chercheurs !
Le problème de la recherche dépasse largement l'intérêt corporatiste, contrairement à ce que certains laissent entendre. En 2004, 10% des postes de recrutement supprimés dans la fonction publique concernaient les chercheurs alors qu'ils ne représentent que 1% des agents de la fonction publique. Jacques Chirac a déclaré que la recherche était une priorité, les faits ont démontré le contraire.
tf1.fr : Concrètement, quelles vont être vos prochaines actions ?
P. A. : Nous avons demandé à être reçus par les nouveaux ministres (de l'Education et de la Recherche, NDLR). En interne, dans les établissements de recherche et les laboratoires, la mobilisation se poursuit, lors d'assemblées générales notamment, pour préparer les états généraux de la recherche. Le commissaire européen à la Recherche, Dominique Busquin, nous a invité à le rencontrer à Bruxelles, le 30 avril. Par ailleurs, nous sommes en discussion avec les présidents des universités pour organiser deux jours de grève des laboratoires et des universités les 5 et 6 mai prochains. Une marche des chercheurs de province sur Paris est également prévue, ainsi qu'une grande manifestation des chercheurs européens. Tout cela pourrait culminer le 6 mai.
(1) au Laboratoire des Sciences du Climat et l'Environnement (LSCE), une unité mixte de recherche CEA-CNRS
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photo : la manifestation parisienne des chercheurs, le 19 mars dernier (LCI)
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