© INTERNEProfesseur des universités, Thierry Bégué est chirurgien orthopédiste à l'hôpital Avicenne de Bobigny et secrétaire général adjoint de la Société française de chirurgie orthopédique et traumatologique (Sofcot). Pour tf1.fr, il revient sur les évolutions constatées dans la prise en charge des accidentés de la route.
tf1.fr : Les efforts engagés en faveur de la sécurité routière, une des "priorités nationales" du quinquennat de Jacques Chirac, ont-ils permis de faire baisser le nombre d'accidentés ?
Thierry Bégué : Entre 1995 et 2004, grâce à toutes les mesures [en faveur de la prévention routière, NDLR], dont les contrôles policiers et l'amélioration de l'habitacle des véhicules, le nombre de blessés graves a baissé de 30%. Pas le nombre de blessés mais la gravité des lésions. Certes, les dispositifs de protection dans les véhicules sont régulièrement accusés de générer des lésions mais celles-ci seraient plus graves si les protections n'existaient pas. Un exemple : le port obligatoire de la ceinture a augmenté le nombre de traumatismes thoraciques mais il permet d'éviter les traumatismes faciaux gravissimes dus au choc contre le pare-brise.
En revanche, on constate l'augmentation du nombre de lésions graves liées à la consommation d'alcool et, de plus en plus, de drogues. Normalement, en cas de choc, le conducteur ou le passager bénéficient d'une contracture réflexe de leurs muscles, ce qui temporise ou atténue le coup du lapin par exemple. Or, les pratiques d'addiction entraînent l'absence de tonus musculaires. Les muscles sont mous donc l'effet dynamique, le choc, est beaucoup plus important.
tf1.fr : Le nombre de blessures graves est donc moins élevé mais la nature même des blessures a-t-elle changé ?
T. B. : Du fait des protections dont les automobilistes bénéficient, il y a de plus en plus de lésions par écrasement. Le problème, ce n'est plus seulement la lésion osseuse mais l'environnement du squelette : la peau, le muscle… Or, à la suite d'un écrasement, si un muscle meurt, il provoque une infection. Dans une voiture, il y a des germes partout ; même chose sur le bitume. A la suite d'un accident, la plupart des segments (des os, NDLR) peuvent être sauvés mais le résultat de l'intervention chirurgicale est très largement dépendant de l'infection, qui par définition ne peut pas être contrôlée.
tf1.fr : Les protections des véhicules ont été renforcées, la prévention routière aussi. Y a-t-il eu des améliorations au niveau des soins ?
T. B. : Concernant les structures (services d'urgences et établissements hospitaliers), il n'y a aucun souci en France. Le maillage du territoire est parfait. Quant aux spécialistes de la traumatologie, ils ont des compétences techniques parmi les meilleures, voire les meilleures au monde. Le modèle français qui privilégie les spécialistes par discipline (orthopédie traumatologique, neurotraumatologie…) plutôt que des traumatologues polyvalents s'impose peu à peu chez nos voisins. Enfin, les matériels que les chirurgiens utilisent sont plus efficaces et moins agressifs, tant dans leur forme que dans leur mode d'implantation.
Reste un problème majeur : celui du suivi des accidentés. Dans le cadre d'un accident, après la première intervention sur le blessé, plusieurs opérations et donc plusieurs anesthésies sont nécessaires. Par définition, l'accidenté ne choisit pas les secours, ni la personne qui le reçoit à l'hôpital, ni le chirurgien qui va l'opérer. A aucun moment, il n'a été acteur ; il est donc en général extrêmement critique. Résultat : il décide souvent de ne pas se faire suivre par le praticien qui l'a pris en charge à l'origine. Or, c'est ce chirurgien, qui a vu les lésions au départ, qui est le mieux à même de surveiller l'évolution de l'état de santé du patient et de détecter d'éventuelles complications.
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