Guerre : les comics montent au front

Par Matthieu DURAND, le 18 mai 2004 à 07h00 , mis à jour le 21 mai 2004 à 13h30

Née dans les années trente, la BD américaine a "toujours entretenu des liens troubles" avec la guerre, selon Xavier Fournier, journaliste à la revue "Comic Box". Illustrations.

superman armée obus super-héros DR: Comic BOX 3, DC Comics © INTERNE

tf1.fr : Les comics "ont prospéré pendant les grands conflits et les crises internationales", écrivez-vous dans Comic Box (1). Est-ce une forme de propagande ?

Xavier Fournier : Cela se rapporte à de la propagande et s’en distingue à la fois car, à la différence de la BD européenne, les comics sont restés très proches de leurs racines de presse. Il s’agit de livrets de 26 pages, bon marché et qui paraissent tous les mois. Leurs auteurs abordent beaucoup de sujets, parfois sans réel recul et un thème peut avoir un effet domino au sein de la profession.
C’est surtout vrai dans les années 30 et 40. Les auteurs de comics ont alors 17-18 ans, ce sont souvent des Italiens ou des juifs européens de la première ou deuxième génération. Ils sont davantage mobilisés par le conflit en Europe que les autres Américains et ils vont prendre parti, avant même que le pays entre en guerre
(2). A l’origine, c’est Superman qui se rend dans un pays européen fictif attaqué par des envahisseurs appelés les Huns. Puis, c’est la surenchère. En 1941, un éditeur, qui va devenir
Marvel, décide que l’ennemi de Captain America, c’est Hitler. C’est très gonflé car à l’époque, les lecteurs sont des enfants et on achète un comic pour le prix d’un bonbon. C’est comme si les auteurs des blagues Carambar écrivaient qu’il fallait entrer en guerre !

tf1.fr : Cet élan patriotique se retrouve-t-il lors des guerres suivantes ?


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de comics liés à
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X. F. : Pas de la même manière. Lors de la guerre de Corée, les super-héros sont passés de mode. Dans les années 60, la guerre froide se fait sentir : la "menace" communiste est évoquée dans Hulk ou Iron Man… A l’occasion de la guerre du Vietnam, les éditeurs abandonnent vite les sujets patriotiques car les lecteurs ont vieilli et beaucoup de ces jeunes adultes contestent l’engagement américain.
Quant à la première guerre du Golfe, elle est trop rapidement menée pour être reprise dans les comics. Mais elle est désormais régulièrement évoquée, pour caractériser la violence d'un personnage ou faire de Saddam Hussein un "super vilain". Il s’agit plus d’une commodité que d’une démarche politique. En revanche, les attentats du 11 septembre ont provoqué la même réaction viscérale que dans les années 40. Et pour cause : la plupart des éditeurs de comics sont basés à Manhattan ; ils ont vécu la catastrophe de leur fenêtre.

tf1.fr : Et actuellement, comment les comics intègrent-ils la situation internationale et le conflit en Irak ?

X. F. : Les allusions sont assez rares et souvent critiques vis-à-vis de la politique de Bush. Lequel apparaît systématiquement comme un idiot qui veut poser des bombes au mauvais endroit. On relève aussi quelques piques anti-françaises (3) mais les scénaristes jouent sur un double tableau : on peut les prendre au premier degré ou, au contraire, comme une dénonciation du nationalisme américain.

Quand Uncle Sam fait des bulles

Pendant la Deuxième guerre mondiale, l’armée américaine a édité des comics pour divertir les troupes et faire passer des messages (propagande mais aussi conseils pratiques), indique Comic Box. Aujourd’hui, les Marines disposent toujours d’un comic mensuel, PS Magazine, tiré à 100.000 exemplaires. La revue est dirigée par un grand nom de la BD, Joe Kubert, célèbre pour avoir dessiné autrefois le Sgt. Rock, un soldat cynique et pacifiste ! Une anthologie de ses aventures vient d’être éditée en français par les éditions Soleil.

(1) Publiée aux Editions USA sous la forme d'un album classique de BD, Comic Box annuel #3 présente en 97 pages une vision indépendante et pointue de la production américaine actuelle. Au sommaire : analyses thématiques (la guerre, les femmes, l'influence manga...), interviews (Chris Claremont, Jeff Matsuda...) et beaucoup d'illustrations (Carlos Pacheco, Mike Turner...).
(2) Sur ce sujet, il faut lire l'excellent roman de Michael Chabon, Les extraordinaires aventures de Kavalier & Clay (éditions Robert Laffont), qui a reçu le prix Pulitzer en 2001.
(3) La série X-Statix fait apparaître un mutant français, Surrender Monkey (le singe qui se rend !), un primate humanoïde affublé d'un bérêt. Autre exemple présenté par Comic Box : sommé de capituler lors d'un combat contre des extra-terrestres, Captain America demande, hargneux : "Tu crois que ce A sur ma tête veut dire France ?"...

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intitulé Guerre(s) et paix

CNRS Thema est un magazine thématique en ligne qui présente
la réflexion et les travaux du CNRS sur
des questions de société.

photo : Superman (détail de couverture, DC Comics, 2004)

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Par Matthieu DURAND le 18 mai 2004 à 07:00
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