© ManreoDocteur Luc N., Ile-de-France : "Pour certains, c'est un droit"
"Les patients qui viennent me voir pour solliciter un arrêt de travail sont peu nombreux — j'en vois un par mois en moyenne. Ce sont souvent des personnes qui viennent pour la première fois et que je ne revois plus si je n'ai pas répondu favorablement à leur demande. Ils peuvent être parfois très agressifs. Pour eux, obtenir un arrêt de travail est un droit.
Je ne jette pas la pierre aux médecins qui donnent des arrêts de complaisance : nous sommes payés à l'acte et, à Paris notamment, les frais de fonctionnement sont énormes et l'activité moindre qu'en Province. Lorsque la personne à qui on a refusé un arrêt de travail s'en va, elle ne paie pas : c'est un manque à gagner pour le médecin. Si la Sécurité sociale payait ces consultations aux médecins, certains seraient moins incités à donner des arrêts maladie de complaisance.
Je délivre des arrêts de travail en fonction de la pathologie du patient, de son activité professionnelle et de mon diagnostic. J'essaie de me mettre à sa place. Mais autant les médecins connaissent la durée de prescription d'un médicament, autant nous ne savons pas combien de temps il faut arrêter quelqu'un qui souffre d'une tendinite ou d'une dépression. Cela nous aiderait s'il y avait des règles, par exemple, trois semaines d'arrêt pour telle pathologie. Bien sûr, ces règles seraient laissés à l'appréciation du médecin. Nous aurions au moins une base de discussion avec le patient et nous pourrions lui opposer des documents officiels en cas de litige."
Docteur Jean-François A., Alpes-maritimes : "On connait les brebis galeuses"
"Cela m'est déjà arrivé de recevoir des personnes voulant se faire arrêter mais les cas restent rares : une fois tous les cinq ou six mois. Mes patients habituels savent que je ne suis pas du genre à faire ce genre de choses donc ils ne me sollicitent pas. C'est vrai que nous voyons de plus en plus de patients dont la pathologie est liée au milieu professionnel : harcèlement moral, dépression… Face à ces maladies, les médecins généralistes sont peut-être plus enclins à délivrer des arrêts maladie.
L'annonce de Douste-Blazy, c'est du vent : on sait déjà qui sont les médecins complaisants. Tous les trois mois, la Sécu nous adresse des relevés où chaque médecin est noté en fonction du nombre d'arrêts maladie qu'il délivre ou d'actes médicaux qu'il effectue. On connaît les brebis galeuses mais on ne fait rien contre elles."
photo : le cabinet d'un médecin généraliste (archives TF1)
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