Fertilité des femmes : trop de médication

Par C.S., le 17 juin 2004 à 17h50 , mis à jour le 17 juin 2004 à 18h46

La CNAM dénonce la banalisation de la distribution des inducteurs d'ovulation pour les femmes désireuses d'être enceintes. Une pratique qui peut s'avérer risquée

femme enceinte ventre grossesse (DR) © INTERNE

Lorsque les femmes veulent un enfant, elles le veulent tout de suite...Et s'inquiètent peut-être un peu trop vite,  selon une étude menée par la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM). Un quart des femmes souhaitant une grossesse se voient prescrire un médicament favorisant l'ovulation, sans même attendre un délai minimal de douze mois pour qu'un bébé s'annonce. C’est l’une des conclusion d’une étude présentée jeudi par CNAM. "Plus de 58% des femmes ont reçu un tel traitement avant d'avoir tenté pendant au moins deux ans de concevoir un enfant de façon naturelle, un délai requis pour diagnostiquer une infertilité", a souligné le Pr Hubert Allemand, médecin de la CNAM. Or, "si on attend deux ans, 75% des enfants naissent spontanément", a-t-il ajouté. La banalisation de la distribution des inducteurs d’ovulation est lourde de conséquences puisqu‘elle risque de favoriser les grossesses multiples et la naissance d'enfants prématurés.

Absence de diagnostic et de suivi

Dans les deux tiers des cas, aucun bilan préventif de l’état de fertilité du couple -dosage hormonal chez la femme, analyse du sperme du conjoint- n'est réalisé et les prescriptions sont trop précoces. Près de 7% des patientes n'ont eu aucun examen avant que leur soit prescrit ce médicament inducteur de l'ovulation. Seuls 37,5% des conjoints ont subi un spermogramme destiné à déceler une anomalie potentielle des spermatozoïdes, source d'infertilité d'origine masculine.

L’empressement des femmes à avoir un enfant semble être l’une des causes principales dans la distribution du médicament : "Les femmes pensent qu’elles ont un contrôle sur le corps et comprennent mal pourquoi lorsqu’elles arrêtent leur contraception, elles n’ont pas d’enfants très vite", explique le sociologue Jean-Marc Salmon au journal Le Monde. L'étude réalisée auprès de 728 patientes de la région Midi-Pyrénées montre également que le suivi des femmes recevant du citrate de clomifène (inducteur d'ovulation pouvant être prescrit par tous les médecins) est insuffisant. "31% des femmes n'ont pas de surveillance clinique, la prescription est faite sans aller regarder ce qui se passe, or ce n'est pas un acte anodin", a insisté le Pr Allemand.

Par C.S. le 17 juin 2004 à 17:50
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