Vénus, notre jumelle infernale

Par David Fossé et Emilie Martin, le 04 juin 2004 à 07h00 , mis à jour le 04 juin 2004 à 10h38

Le 8 juin prochain, la planète Vénus passera devant le Soleil. La revue Ciel & Espace nous présente cette visiteuse au nom charmeur et pourtant bien peu hospitalière.

vénus planète relief 3D volcans DR : NASA, Magellan © INTERNE

Avec un rayon de 6052 km et une densité moyenne de 5,3 g/cm3, Vénus affiche des mensurations très proches de celles de la Terre. Eloignée de 108 millions de kilomètres du Soleil, elle circule en outre dans la fameuse "zone habitable" du système solaire — tout comme la planète bleue — et possède une atmosphère dont l’existence est connue depuis 1761. Puisque Vénus partageait des caractéristiques si essentielles avec la Terre, elle devait forcément lui ressembler, ont longtemps pensé les astronomes. Depuis les années 60, une série de découvertes est venue balayer ces fantasmes. Température, pression, composition chimique : tout indique qu’en réalité Vénus est un véritable enfer.

Deux heures de survie


Ciel & Espace
consacre
dans son numéro de juin
un dossier spécial au
transit de Vénus.
Au sommaire :
les conseils pour
observer et immortaliser
le phénomène, les enjeux
scientifiques, les petites
histoires des
observations passées...
Prenons la température, mesurée pour la première fois en 1970 par la sonde soviétique Venera 7. Elle atteint 460°C ! C’est plus que la température de fusion du plomb… La pression atmosphérique, sondée deux ans plus tard par Venera 8, équivaut quant à elle à une épaisseur de mille mètres d’eau — soit 93 atmosphères terrestres ! La deuxième planète la plus proche du Soleil est ainsi un monde suffocant où les roches elles-mêmes sont incandescentes… et sur laquelle aucune sonde n'a pu survivre plus de deux heures !

En réalité, la surface de Vénus reçoit moitié moins d’énergie du Soleil que la surface de la Terre. Pourquoi alors est-elle si chaude ? La réponse porte un nom bien connu : effet de serre. "L’atmosphère vénusienne est composée à 97% de dioxyde de carbone", rappelle l’astronome Emmanuel Lellouch, de l’observatoire de Paris. Or le Co2 est un puissant gaz à effet de serre.

Nuages d'acide

Pourquoi Vénus est-elle si sèche ? Mystère. "Peut-être y’a-t-il eu un océan sur Vénus, avance Emmanuel Lellouch, mais il s’est évaporé sous l’effet du rayonnement solaire." Soit. Mais si l’eau a disparu de Vénus, d’où viennent alors ces nuages qui couvrent perpétuellement sa surface ? Ce sont des nuages d’acide sulfurique ! Ils provoquent sans doute des pluies dont on peut imaginer qu’elles s’évaporent bien avant d’atteindre le sol.

Autre lubie de notre voisine : elle tourne à l’envers ! Contrairement aux autres planètes du système solaire, sa rotation court dans le sens opposé à sa révolution autour du Soleil — qu’elle réalise en 224,7 jours. Conséquence : le Soleil se lève tous les 117 jours sur Vénus… et à l’ouest. De plus, son axe de rotation est très peu incliné (3%). La planète ne connaît donc pas les saisons. Il faudra donc de nombreuses observations nouvelles pour percer les mystères de notre fausse jumelle. Prochaine sonde en partance pour l’enfer : Vénus Express, en 2005.

A vos calculettes !

L’observation du transit de Vénus permet de calculer la distance Terre-Soleil, soit l’unité astronomique (UA), la valeur de référence pour mesurer toutes les autres distances dans l’univers. Aujourd’hui, cette valeur est connue avec une bonne précision : 149.597.870 km ! Qu’à cela ne tienne : l’ESO (European Southern Observatory) propose à tous les enthousiastes de la recalculer tout comme l’ont fait les savants du 18e siècle au péril de leur vie. Pour participer à cette aventure astronomique planétaire, inscrivez-vous sur le site Internet de l'ESO puis, le jour J, chronométrez le passage de Vénus aux quatre points de contacts. N’oubliez pas de régler votre montre sur le temps universel et de protégez vos yeux et vos instruments ! Bonne observation !

photo : image radar en 3D de la surface de Vénus prise par Magellan.
On distingue à droite un volcan de 3km de haut, Gula mons, et un autre
à gauche, Sif mons, d'une hauteur de 2km et d'un diamètre de 300km (NASA).

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Par David Fossé et Emilie Martin le 04 juin 2004 à 07:00
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