© Manreo"Qui a peur du grand méchant loup ?" La question reste d’actualité en France où la présence attestée du prédateur depuis plus de dix ans suscite un vif débat. A tel point que la présentation imminente d’un Plan Loup par le ministère de l’Ecologie semble radicaliser le discours des uns et des autres. Du côté des "anti-loups", une majorité d’éleveurs d’ovins et les chasseurs, inquiets pour la survie de leur activité dans les "zones à loups", qui ont reçu le soutien appuyé de plusieurs élus, dont les députés Christian Estrosi (Alpes Maritimes, UMP) (1) et Henriette Martinez (Hautes Alpes, UMP). Du côté des "pro-loups", les associations écologistes et les amoureux de la nature, qui sont parvenus à convaincre certains bergers à cohabiter avec le canidé.
"Une attaque par nuit"
Petit rappel des faits : le loup, qui avait été éradiqué dans l’entre deux guerres en France, a fait sa réapparition dans les Alpes en 1992, en provenance d’Italie. Aujourd’hui, la population de loup s’étend jusqu’au sud du Jura, avec une forte présence dans l’arc alpin : entre 40 et 100 loups y vivraient — 55 selon les estimations officielles. Or, la zone abrite également la deuxième région d’élevage ovin du pays. "Les pertes et les conditions de vie des éleveurs sont inacceptables", s’emporte Franck Dieny, lui-même éleveur dans les Hautes-Alpes et président de la Fédération régionale ovine. "En 2003, selon les experts, 2.808 bêtes ont été tuées par des loups dans l’arc alpin, soit l’équivalent de dix exploitations locales", précise-t-il à tf1.fr. Dans le massif du Dévoluy, au sud-ouest de Gap, "depuis une semaine, on relève une attaque [de loups sur du bétail, NDLR] par nuit", assure-t-il.
Prélèvements
Au-delà des dédommagements financiers pour chaque brebis "prédatée" par le loup, c’est tout le travail de l’éleveur sur le troupeau qui est remis en cause, déplore Franck Dieny. Il indique qu’à la suite de telles attaques, certaines bêtes deviennent stériles. Les éleveurs sont à bout. Ils voudraient pouvoir abattre les loups menaçant leur cheptel. Le Plan Loup prévoirait ainsi le "prélèvement", c’est-à-dire l’abattage, de 10 à 15% de la population lupine recensée en 2003, soit 5 à 7 individus. Insuffisant, rétorquent les éleveurs ; incohérent, répliquent les écologistes.
"Abattra-t-on les loups au hasard ? Quel sera l’impact sur une meute et sur la population totale ?", demande Jean-Luc Borelli, responsable du programme d’écovolontariat de l’association FERUS, qui œuvre à la protection de l’ours, du lynx et du loup en France. Une association qui, assure-t-il, "n’est pas opposée à la gestion du loup, et donc à d’éventuels abattages, sauf si elle met en péril la survie de l’espèce". Et d’insister : "Nous comprenons complètement la position des éleveurs mais nous pensons que la cohabitation avec le loup est possible".
Le programme PastoraLoup, mis en place depuis six ans, vise justement à envoyer des "écovolontaires" auprès des bergers pour les aider lors de la transhumance et de la surveillance des troupeaux. "De plus en plus d’éleveurs jouent le jeu", assure le membre de FERUS. Mais, selon lui, si la majorité des bergers demeurent réticents, c’est qu’ils ont depuis longtemps abandonné les méthodes d’élevage adaptées à la présence de prédateurs. Toujours utilisées en Italie, elles sont vécues comme "un retour en arrière en France", poursuit Jean-Luc Borelli. Au-delà de ce type d’action, estime-t-il, "c’est à l’Etat d’aller plus loin dans les aides techniques et financières destinées au bergers mais il traîne la patte". Une tergiversation également dénoncée par les éleveurs. Comme souvent, "pro" et "anti-loups" dressent les mêmes constats mais ne s’accordent pas sur les solutions.
Pendant ce temps, le loup s’est installé en France. "Nous ne souhaitons pas l’éradiquer, pointe Franck Dieny, mais le mettre dans des parcs où il ne menacera ni les troupeaux, ni les promeneurs". Réponse de Jean-Luc Borelli : "Depuis 200 ans, aucune attaque de loup sur l’homme n’a été prouvée. Au-delà des confrontations idéologiques et politiques qui accompagnent le débat, la question fondamentale est de savoir si l’on peut vivre avec une nature qui n’est pas dominée par l’homme".
(1) Président de la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale "sur les conditions de la présence du loup en France et l’exercice du pastoralisme dans les zones de montagne".
Trois livres pour aller plus loin |
- Geneviève Carbone : Les loups (Larousse). Un ouvrage très complet et richement illustré évoque le prédateur à travers son mode de vie et sa mythologie. L'auteur, ethnozoologue et éthologue, est responsable scientifique du Centre du loup qui ouvrira ses portes cette année à St-Martin-Vésubie.
- Philippe Huet et Julie Delfour : Le Loup (Flammarion). Un portrait détaillé du canidé, de ses habitudes et des passions qu'il déchaîne, illustré par de sublimes clichés signés par Vincent Munier.
- Sophie Bobbé : Le Loup (Le Cavalier bleu). Cette chercheuse du CNRS et de l'INRA passe en revue les principales "Idées reçues" (le nom de cette collection très bien faite) liées au loup. Un condensé d'informations passionnantes.
photo : archives TF1
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