Les mesures anti-canicule d’EDF

Par Franck LEFEBVRE, le 30 juillet 2004 à 17h22 , mis à jour le 30 juillet 2004 à 18h30

Anticipant une possible nouvelle canicule, EDF a obtenu la possibilité d’augmenter la température des rejets de trois centrales nucléaires. Le groupe écologiste Sortir du nucléaire dénonce des dérogations "scandaleuses". L'Autorité de sûreté nucléaire évoque des mesures strictement encadrées.

electricite centrale nucleaire © INTERNE

La canicule n’est pas encore à l’ordre du jour… mais EDF s’y prépare. L’été dernier, au plus fort de la vague de chaleur, des mesures avaient dû être prises en urgence pour permettre la poursuite du fonctionnement de certaines centrales nucléaires. Celles-ci pompent normalement l’eau de fleuves pour leur refroidissement – eau qui est ensuite rejetée. La température de ces rejets est strictement encadrée pour limiter les conséquences sur la faune ou la flore aquatiques. Des normes qui, durant la canicule, étaient devenues impossibles à respecter par des centrales en surchauffe. Le gouvernement avait alors accepté temporairement une hausse de 1 à 3 degrés de la température maximale autorisée, mesurée en rivière en aval de la zone des rejets. Au grand dam des défenseurs de l’environnement qui craignaient des ravages parmi les populations de poissons.

Pas question, pour le gouvernement comme pour EDF, de laisser un tel scénario se reproduire. EDF s’est adressée avant l’été aux ministères de l'Industrie et de l'Environnement pour définir une marche à suivre en cas de nouvelle canicule. Trois centrales nucléaires sont concernées : celles du Bugey, de Golfech et du Tricastin, totalisant une dizaine de réacteurs. Des arrêtés du 11 juin 2004, publiés au Journal Officiel le 21 juillet, permettent un dépassement de 1 à 2 degrés de la température des rejets en cas de "situation climatique exceptionnelle". Les températures moyennes journalières seraient alors portées à 27 degrés pour les eaux du Rhône en aval de la centrale de Bugey, 30 degrés pour la Garonne en aval de Golfech, et 29 degrés dans le canal aval de Tricastin.

"Un dernier recours"

Des mesures dénoncées comme "scandaleuses" par le réseau écologiste Sortir du nucléaire, qui juge que ces "dérogations permanentes" vont amener à "transgresser de plus en plus souvent les règles de protection de l'environnement". Ces dérogations "ne sont nullement permanentes et seront strictement encadrées", contre l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), contactée par tf1.fr. "Le fait qu’il y ait effectivement une canicule ne sera pas une condition suffisante pour augmenter la température des rejets. C’est un dernier recours. EDF devra obtenir l’accord de l’ASN et apporter la preuve que le fonctionnement de la centrale est indispensable à l'alimentation électrique du pays". Par ailleurs, "les valeurs adoptées sont inférieures à ce qui avait été autorisé l’an dernier, et elles ont été fixées après une étude de l’incidence sur l’environnement. Sachant que les mesures de l’an dernier n’ont pas eu de conséquence sur la faune."

Un comité national de suivi créé par le ministère de l'Ecologie avait en effet conclu en janvier à l’absence d’impact des dérogations sur la mortalité des poissons, malgré des températures en aval parfois supérieures à 30 degrés, et théoriquement mortelles pour les poissons. Les experts expliquaient que les poissons avaient sans doute trouvé refuge dans les zones les moins chaudes des fleuves.

Photo d’ouverture : archives

Par Franck LEFEBVRE le 30 juillet 2004 à 17:22
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