© INTERNERéunis lundi dernier à Lille, les professionnels de la médecine légale ont abordé leurs pratiques dans le domaine de l’accidentologie. Au cœur du débat, l’insuffisance des autopsies réalisées après les accidents de la route, comme l’explique à tf1.fr le professeur Didier Gosset, directeur de l’Institut de médecine légale et médecine sociale de Lille et secrétaire général de la Société de médecine légale et de criminologie de France.
tf1.fr : Pourquoi les autopsies sur les victimes de la route sont-elles si importantes ?
Didier Gosset : Quand, après un accident de la route, un conducteur a eu la tête écrasée, un examen externe de la victime ne permet pas toujours de connaître la cause exacte de l’écrasement. Une autopsie présente alors un triple intérêt. Pour les familles d’abord, qui veulent connaître l’origine exacte du décès — par exemple, une personne tuée au volant peut avoir d’abord été victime d’un infarctus. Cette précision peut aider les proches à faire leur travail de deuil.
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tf1.fr : Qu’en est-il actuellement en France ?
D. G. : Il existe un consensus international pour dire que les autopsies s’imposent après des accidents sur la voie publique. Le Conseil de l’Europe a émis une recommandation en ce sens en 1999 mais elle n’a pas été reprise en droit français alors que de telles autopsies sont réalisées systématiquement en Allemagne, par exemple. D’un point de vue médical, des crash tests sont effectués en France sur des mannequins ou des cadavres de personnes qui ont légué leur corps à la science. Or, ce sont souvent des personnes d’un âge avancé, peu représentatives des conducteurs de véhicule. Bref, on ne peut pas extrapoler les données ainsi récoltées.
Un exemple révélateur de l’importance des autopsies de victimes de la route : en 1998, un homme s’est suicidé en sautant d’un pont, au-dessus de l’autoroute A1, près de Lille. Le corps, qui était extrêmement fragmenté, a été en partie enlevé. La DDE a fait passer une machine pour nettoyer la chaussée. Mais le corps n’était pas identifiable. Il a donc fallu bloquer l’autoroute et faire vider la machine pour chercher des indices, en l’occurrence des dents.
photo : archives TF1
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