Accidents de la route : "les autopsies s’imposent"

Par Matthieu DURAND, le 26 septembre 2004 à 07h00 , mis à jour le 24 septembre 2004 à 17h44

Trop peu d’autopsies sont pratiquées après des accidents de la route en France. Or, ces analyses post-mortem sont riches d’enseignement. Explications du professeur Didier Gosset, directeur de l’Institut de médecine légale de Lille.

accident voiture riom © INTERNE

Réunis lundi dernier à Lille, les professionnels de la médecine légale ont abordé leurs pratiques dans le domaine de l’accidentologie. Au cœur du débat, l’insuffisance des autopsies réalisées après les accidents de la route, comme l’explique à tf1.fr le professeur Didier Gosset, directeur de l’Institut de médecine légale et médecine sociale de Lille et secrétaire général de la Société de médecine légale et de criminologie de France.

tf1.fr : Pourquoi les autopsies sur les victimes de la route sont-elles si importantes ?

Didier Gosset : Quand, après un accident de la route, un conducteur a eu la tête écrasée, un examen externe de la victime ne permet pas toujours de connaître la cause exacte de l’écrasement. Une autopsie présente alors un triple intérêt. Pour les familles d’abord, qui veulent connaître l’origine exacte du décès — par exemple, une personne tuée au volant peut avoir d’abord été victime d’un infarctus. Cette précision peut aider les proches à faire leur travail de deuil.

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Le deuxième intérêt est d’ordre juridique : une autopsie permet d’établir les responsabilités de chacun, ce qui est important pour les prises en charge par les assurances notamment, et de mieux connaître le mécanisme de l’accident, la vitesse du véhicule, etc. On peut aussi faire la différence entre les lésions ante mortem (causées par le choc, NDLR) et les lésions post-mortem (infligées après le décès de la victime, NDLR). Enfin, les autopsies ont un intérêt en terme de santé publique : jusqu’ici, les statistiques sur les accidents de la route viennent de la gendarmerie et de la police. Il faut confronter leurs analyses aux données médico-légales et à celles constatées sur les véhicules afin d’améliorer la prévention.

tf1.fr : Qu’en est-il actuellement en France ?

D. G. : Il existe un consensus international pour dire que les autopsies s’imposent après des accidents sur la voie publique. Le Conseil de l’Europe a émis une recommandation en ce sens en 1999 mais elle n’a pas été reprise en droit français alors que de telles autopsies sont réalisées systématiquement en Allemagne, par exemple. D’un point de vue médical, des crash tests sont effectués en France sur des mannequins ou des cadavres de personnes qui ont légué leur corps à la science. Or, ce sont souvent des personnes d’un âge avancé, peu représentatives des conducteurs de véhicule. Bref, on ne peut pas extrapoler les données ainsi récoltées.

Un exemple révélateur de l’importance des autopsies de victimes de la route : en 1998, un homme s’est suicidé en sautant d’un pont, au-dessus de l’autoroute A1, près de Lille. Le corps, qui était extrêmement fragmenté, a été en partie enlevé. La DDE a fait passer une machine pour nettoyer la chaussée. Mais le corps n’était pas identifiable. Il a donc fallu bloquer l’autoroute et faire vider la machine pour chercher des indices, en l’occurrence des dents.

photo : archives TF1

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Par Matthieu DURAND le 26 septembre 2004 à 07:00
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